La Bretagne cherche à relancer la production de légumineuses à graines



Antoine Humeau

Terre-net Média

Sept « démonstrateurs », sortes de plateformes d’essais, ont permis cette année de tester des cultures de légumineuses à graines à destination de la consommation humaine. L’initiative, à laquelle sont associés différents acteurs de la filière, vise à tester la faisabilité depuis la mise en culture jusqu’à la transformation. Objectif : relancer si c’est possible la production made in Bretagne.

Association LeggoVisite en bout de champ d’une des 7 plateformes en Bretagne, cet été. Les résultats en soja ont été peu concluants cette année. (©Chambre d’agriculture de Bretagne)

Et si la Bretagne se mettait à produire des légumineuses à graines pour la consommation humaine ? Ici il y a bien le coco de Paimpol, qui a son AOP, mais c’est un peu une exception. Depuis trente ans, les surfaces de protéagineux ont dégringolé. On en produisait 45 000 hectares au début des années 90, il n’y en a plus qu’une dizaine de milliers sur le territoire breton aujourd’hui. Trop compliqué, trop aléatoire. En Bretagne, il pleut. « À partir de la mi-juillet et jusqu’à la récolte, il faut le moins de pluie possible sinon ça reverdit, ça refleurit », précise Jean-René Menier, président de l’association Leggo, filière rassemblant une trentaine d’acteurs autour des chambres d’agriculture pour relancer la production de légumineuses à graines dans le Grand Ouest.

La demande croissante de protéines végétales pour l’alimentation humaine, ainsi que les recommandations du plan national nutrition santé (PNSS4) laissent penser qu’il y aura des débouchés tant en grande distribution qu’en restauration collective, avec une valorisation intéressante. Reste donc à tester la faisabilité et la viabilité. « Il faut à la fois l’acceptation à produire de la part de l’agriculteur et le consentement à payer chez le consommateur », résume Jean-René Menier.

Des graines adaptées aux besoins de l’industrie

La Bretagne a mis en place cette année sept plateformes tests, essentiellement dans le Morbihan, qu’elle appelle « démonstrateurs territoriaux ». Des agriculteurs ont semé des légumineuses sur plusieurs dizaines d’ares dans diverses conditions, en bio et conventionnelen association et en pur : 25 modalités différentes ont été testées.

Chacune de ces plateformes était accompagnée par une structure économique. Car « un choix qui peut être fait à l’échelle d’un maillon peut être hyper impactant pour la suite, on ne veut pas des produits qui soient trop compliqués à produire et transformer par exemple », rappelle Julie Rio, coordinatrice de Leggo. « On peut réussir sa récolte, mais ce n’est pas pour autant que le produit répondra aux attentes » abonde Jean-René Menier. La coopérative Eureden par exemple (19 500 adhérents) a besoin de lentilles adaptées à la conserverie, c’est-à-dire qui tiennent bien à l’appertisation, qui n’éclate pas. « Il nous faut rendre ces cultures compétitives pour nos adhérents et réduire les variabilités de rendements d’une année sur l’autre », développe Mathieu Dufour, consultant innovation.

Triage et stockage

La coopérative Terres de l’Ouest (2 300 adhérents) a testé cette année neuf cultures sur la plateforme qu’elle a mise en place dans le Finistère. Pour cette première année, elle s’est concentrée surtout sur la partie amont : tester les itinéraires culturaux, les associations. « A nous de sélectionner les légumineuses les plus adaptées à notre contexte pédoclimatique, ensuite il faudra se pencher sur la partie triage et stockage » précise Thibaut Simonin, responsable du développement.

Cultures associéesLes légumineuses ont été testées en diverses conditions,  bio et conventionnel, en association et en pur (en photo ci-dessus, lentille et orge). (©Chambre d’agriculture de Bretagne)

L’entreprise de négoce Jegouzo, justement, s’est intéressée à cet aspect pour tester sa capacité à gérer cette partie importante, entre la récolte et la vente aux industriels : nettoyage des impuretés, triage, conditionnement en big-bags. Elle a investi pour cela dans un trieur optique. « La chose primordiale c’était vraiment la mise aux normes, c’est-à-dire la taille des graines et le taux d’humidité, et les résultats sont concluants » résume le directeur général Guillaume Jégouzo. 

Mais « les deux enjeux majeurs, ce sera d’être capable de produire et pouvoir vendre correctement afin de bien rémunérer l’agriculteur » insiste de son côté Thibaut Thimonin.

Tester l’edamamé

Cette première année d’essais est globalement encourageante, il faut dire qu’il a fait chaud et qu’il n’a pas beaucoup plu. « Je suis sur des sols qui ne sont pas calcaires, donc peu adaptés au pois chiche et pourtant j’ai sorti des rendements à 23-25 quintaux », se félicite Jean-René Menier, qui est agriculteur à Mauron dans le nord-est du Morbihan. Les résultats sont encourageants également en lentilles, mais en lupin comme en haricot, c’était moins bon, les cultures ont parfois été détruites par la mouche du semis… La féverole a séché sur pied, quant au soja, « le retour n’est pas totalement satisfaisant d’un point de vue agronomique », euphémise Thibaut Simonin. « Cela fait partie des cultures sur lesquelles il faut que l’on fasse des progrès techniques, complète Mathieu Dufour. On part de pas grand-chose, il y a un gros défi ». Sur son exploitation de Mauron, Jean-René Menier avait testé l’edamamé, un soja qui se récolte vert. Il retentera l’année prochaine.

« Ce premier jet nous a déjà permis de montrer que l’on est capable de produire des légumineuses en Bretagne, se félicite le président de Leggo. L’année prochaine, si on a un printemps plus humide, on pourra espérer un potentiel supérieur ».

Les tests, jusque-là essentiellement dans le Morbihan, seront élargis à l’ensemble de la Bretagne. « Il est important que l’on puisse les mener sur différents territoires pour tenir compte des micro-climats », justifie Julie Rio. 

Si la Bretagne se montre si enthousiaste sur le sujet, c’est aussi parce qu’elle a un tissu important d’entreprises de transformation intéressées « en capacité de mettre en avant une origine locale ». Des démonstrateurs pourraient bien en tout cas voir le jour prochainement dans d’autres régions du Grand Ouest, à commencer par la Normandie. 

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