Juliette Binoche a dit trois fois “non” à un immense réalisateur américain

L’actrice Juliette Binoche a eu plusieurs fois l’occasion de s’illustrer dans le cinéma américain, sous la direction d’un grand réalisateur. Peine perdue pour celui-ci, qui lui a proposé trois films, qu’elle a tous refusés…

Juliette Binoche, star mondiale

Après une première apparition au cinéma en 1983 dans Liberty belle de Pascal Kané, il n’aura pas fallu attendre longtemps à Juliette Binoche pour devenir une des plus grandes actrices de sa génération. Elle tourne pour Godard dans Je vous salue, Marie, dans La Vie de famille de Jacques Doillon et Rendez-vous d’André Téchiné en 1985, puis pour Leos Carax dans Mauvais sang. En 1988, elle tourne dans un premier film américain : L’Insoutenable légèreté de l’être de Philip Kaufman. Face à Daniel Day-Lewis, elle s’offre alors une belle exposition internationale. Un début de carrière brillant qui tape forcément dans l’oeil de grands cinéastes, dont Steven Spielberg.

Tereza (Juliette Binoche) - L'Insoutenable légèreté de l'être
Tereza (Juliette Binoche) – L’Insoutenable légèreté de l’être ©The Saul Zaentz Company

Le réalisateur américain n’est pas encore l’immense cinéaste qu’il deviendra dans les décennies suivantes, mais il a déjà réalisé quelques monuments comme Les Dents de la mer, Rencontres du troisième type, Les Aventuriers de l’arche perdue et E.T., l’extra-terrestre. Et c’est pour le troisième volet de la saga Indiana Jones, Indiana Jones et la Dernière Croisade qu’il désire voir Juliette Binoche rejoindre l’aventure. Mais comme elle le racontait en 2017 au micro d’Europe 1, ce fut un premier “non”.

Une actrice fidèle et qui tient parole

Si Juliette Binoche a refusé de jouer dans Indiana Jones et la Dernière Croisade, c’est que d’une part son emploi du temps ne lui permettait pas. Et que d’autre part, alors engagée sentimentalement avec le réalisateur Leos Carax, elle n’allait pas lui faire faux bond alors qu’ils préparaient ensemble Les Amants du Pont-Neuf… Mais son refus est entendu par Steven Spielberg et l’actrice récolte par ailleurs sa troisième nomination au César de la Meilleure actrice pour sa performance dans le film de Carax.

Steven admirait le couple metteur en scène – actrice que nous incarnions au cinéma avec Leos, il ne m’en a donc pas voulu.

Steven Spielberg n’est pas rancunier, et il lui fait une autre proposition quelques années plus tard. Le rôle en question ? Celui d’Ellie Satler dans Jurassic Park, finalement obtenu par Laura Dern. C’est de nouveau “non” pour Juliette Binoche, qui cette fois est déjà engagée sur Trois Couleurs : Bleu de Krzysztof Kieślowski.

J’avais déjà dit oui à Bleu et quand je donne ma parole je ne la remets pas en question.

L’actrice développe son propos en expliquant qu’elle trouvait aussi son personnage dans Bleu plus intéressant que celui de la scientifique de Jurassic Park. Un refus qu’elle ne peut pas vraiment regretter, puisque sa performance dans le film de Krzysztof Kieślowski lui vaut la Coupe Volpi de la meilleure interprétation féminine à la Mostra de Venise en 1993 ainsi que le César de la Meilleure actrice en 1994.

Julie de Courcy (Juliette Binoche) - Trois Couleurs : Bleu
Julie de Courcy (Juliette Binoche) – Trois Couleurs : Bleu ©MK2

Jamais deux sans trois…

Dans la foulée, Steven Spielberg ne se laisse pas abattre et essaye encore, cette fois-ci pour La Liste de Schindler, qui est tourné entre mars et mai 1993 et sort quelques mois après Jurassic Park. Cette fois-ci, c’est pour une raison plus personnelle que Juliette Binoche refuse. En effet, elle est à ce moment enceinte de son premier enfant, Raphaël, qu’elle a avec son compagnon de l’époque le plongeur professionnel André Hallé.

C’était un petit rôle ou je devais me faire violer, tabasser, et mourir à la fin. J’ai préféré protéger mon enfant.

Cela peut paraître improbable, mais Juliette Binoche a donc bien dit trois fois “non” à celui que l’on peut légitimement considérer comme un des plus grands cinéastes de son temps. Il faut cependant garder à l’esprit que Jurassic Park et La Liste de Schindler ont fait changer Steven Spielberg de dimension, tant sur le plan commercial que critique. Refuserait-elle aujourd’hui ? On peut espérer que la question lui soit reposée un jour, et que cette fois sa réponse soit positive…