Inondations, incendies… Un premier département teste la cartographie 3D pour prévenir les

C’est une prouesse technologique grâce à laquelle nous ne verrons plus la France comme avant. Développé par l’IGN (Institut géographique national), le Lidar HD est une solution de cartographie en cours de déploiement, qui couvrira 100 % de l’hexagone d’ici 2026. Elle permet d’obtenir des plans en relief et en haute définition où l’on distingue chaque aspérité du sol, et tout ce qui le recouvre : constructions, routes… Jusqu’au moindre arbre ou massif broussailleux.

Une représentation 3D du paysage

Tout commence dans les airs, où des avions émettent des rayons laser vers le sol à raison de 10 impulsions par mètre carré. Des signaux qui, de retour à l’émetteur, permettent de former un nuage de points livrant une représentation 3D du paysage. Reste alors à en classifier chaque point. En clair, déterminer s’il s’agit de sol brut, de végétation, d’eau, d’un bâtiment ou encore d’un pont. « Avec le Lidar ancienne génération, on connaît le sol à 30 cm près dans le meilleur des cas, explique Loïc Gondol, chef de projet Lidar HD à l’IGN. Désormais, on va le connaître à 10 cm près. » Un outil rêvé pour cartographier les risques climatiques. C’est l’une des raisons pour lesquelles les Bouches-du-Rhône, régulièrement victimes d’inondations et d’incendies, ont été le premier département entièrement couvert, fin octobre. Sa cartographie sera accessible d’ici l’été.

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La 3D « facilite la compréhension des populations »

En matière d’inondations, seuls les alentours des rivières font aujourd’hui l’objet de cartes de prévention. Le Lidar HD va permettre de visualiser ce risque sur l’intégralité du territoire. Déjà, des services de l’État l’utilisent localement. La DDTM13 (Direction départementale des territoires et de la mer des Bouches-du-Rhône) s’en sert pour modéliser, très précisément et à moindre coût, les zones qui seraient englouties selon le niveau de montée des eaux.

Avec des conséquences concrètes, par exemple sur la délivrance des permis de construire. Dans le cas d’un projet de construction, « cela est très utile pour caler par exemple les premiers planchers au-dessus des plus hautes eaux », explique la direction de la communication de la DDTM13. De plus, la simulation en 3D des inondations « facilite grandement la compréhension des populations, de manière complémentaire aux cartographies classiques 2D », qui restent le support légal.

Pour les collectivités aussi, le Lidar va être utile. Il va « aider à actualiser les volets inondation des Plans communaux de sauvegarde », explique-t-on à la métropole d’Aix-Marseille, qui entend aussi l’utiliser pour identifier les abords de rivières rendus imperméables par l’absence de végétation.

Révéler des éléments invisibles par satellite

Mieux prévenir les ravages de l’eau, mais aussi du feu. Capable de « voir » à travers les différentes couches de végétation, le Lidar révèle des éléments invisibles par satellite, comme de petites barres rocheuses. De quoi « mieux identifier les zones de circulation d’engins qui vont intervenir en forêt, et mieux prédire la façon dont le feu va circuler au sol, en fonction du modelé du terrain et du vent », explique Fabrice Coq, chargé de mission à l’ONF (Office national des forêts) qui participe au développement du Lidar depuis une dizaine d’années. L’outil va aussi permettre de mieux anticiper le risque de circulation du feu au sein de la végétation.

« Le Lidar HD, explique Loïc Gondol, permet d’identifier trois classes de végétation : basse, moyenne, haute. On peut ainsi identifier les zones mal débroussaillées qui peuvent être inflammables. » Les cartes du risque de combustion s’en retrouveront plus précises. « On teste cette méthode sur des sites méditerranéens où le risque de feu de forêt est important, explique Fabrice Coq, mais on envisage aussi de le faire dans la moitié nord de la France. » Cette technologie pourrait enfin aider à veiller au respect des Obligations légales de débroussaillage, qui incombent aux gestionnaires de terrains situés en lisière de forêt.

« On est en train de passer à la forêt 4.0 »

Au-delà du risque d’incendie, le Lidar va permettre de cartographier comme jamais l’intégralité de la forêt française : quantité de bois, diamètre, hauteur et structure des arbres… Des caractéristiques qui sont d’abord mesurées à l’œil humain dans des cercles de 25 m de rayon, tous les 100 ha, avant d’être mises en corrélation avec les données Lidar. « On est en train de passer à la forêt 4.0, jubile Fabrice Coq. C’est équivalent à l’arrivée d’internet dans le monde du travail. »

Lidar HD pourrait aussi être utile aux villes, pour quantifier la végétation, installer des panneaux solaires sur les toits ou mieux repérer les îlots de chaleur en modélisant la circulation de l’air. Mais il réserve aussi des surprises. « Certains usages vont naître avec l’utilisation des données », anticipe le chef de projet à l’IGN, qui constate que « de nombreuses start-up sont friandes de ces données. »

Coût du projet : 60 millions d’euros. Un tiers est issu du plan de relance du gouvernement, le reste d’un fond de transformation de l’action publique et de contributions locales. Notamment celles des régions Grand Est et PACA, à qui le Lidar va offrir une nouvelle vision d’elles-mêmes.