Innovation : à Ramonville, Biopep prépare la troisième révolution agricole

l’essentiel
À Ramonville-Saint-Agne, l’entreprise Micropep technologies a développé une plateforme unique pour produire une protéine naturelle qui permet de mieux protéger les cultures. En respectant l’environnement et les écosystèmes.

Comment vous êtes-vous lancé dans l’agrobiologie ?

Après mon diplôme de l’Essec, et une première expérience dans le conseil en stratégie, j’ai débarqué dans la région toulousaine il y a dix ans, pour porter un projet d’éolienne domestique, puis j’ai cofondé une start-up de maraîchage urbain et collaboré avec plusieurs start-up de l’écosystème entrepreneurial d’Occitanie. Cela m’a amené à rejoindre la société de transfert de technologie TTT en 2014 comme business développer pour les technologies « green tech » dans les domaines de l’énergie, du traitement des déchets ou de l’agrobiologie. C’est à cette occasion que j’ai rencontré Jean-Philippe Combier et Dominique Lauressergues, les deux autres cofondateurs de Micropep qui sont à l’origine de la découverte scientifique que nous développons aujourd’hui. Finalement, ce qui m’a amené dans le domaine de l’agrobiologie, c’est cette combinaison unique entre impact environnemental, science et entrepreneuriat.

Les fongicides et les herbicides peuvent donc être bios et compatibles avec la protection de l’environnement ?

Nous sommes aujourd’hui en plein dans la 3 ème révolution agricole avec une mutation profonde dans la façon dont nos agriculteurs sèment, surveillent, protègent et conduisent leurs récoltes pour pouvoir nous nourrir. La protection de l’environnement ainsi que l’adaptation aux impacts du changement climatique sont au cœur de ces nouvelles pratiques qui s’appuient désormais sur de nouvelles technologies issues du numérique, de la robotique et des biotechnologies. Le domaine du biocontrôle, qui regroupe différentes technologies d’origines naturelles permettant de contrôler les mauvaises herbes, les insectes prédateurs ou les champignons pathogènes, est notamment en plein essor. Il est donc possible de trouver dans la nature des molécules ou des micro-organismes vivants ayant une activité de contrôle tout en étant compatibles avec la protection de l’environnement. C’est déjà le cas des bio-insecticides et des bio-fongicides, ce sera certainement le cas des bio-herbicides dans le futur.

C’est quoi les micropeptides ?

Les micropeptides sont de petites protéines naturellement produites par les cellules des plantes pour contrôler leur développement. Cette famille de protéines a d’abord été découverte par mon associé Jean-Philippe Combier lors de ses travaux au LRSV, laboratoire CNRS – Université de Toulouse. Chaque micropeptide possède une signature unique, sa séquence d’acides aminés, qui lui donne une fonction bien spécifique pour une plante bien précise. Certains micropeptides jouent par exemple un rôle dans le système immunitaire de la plante, d’autres dans l’accélération ou l’arrêt de la croissance, d’autre encore dans le développement des racines, etc.

 

« Protection de l’environnement et adaptation au changement climatique sont au cœur de ces nouvelles pratiques »

 

Vous avez été lauréats du programme French Tech Agri 20, en quoi votre technologie est innovante ?

Ces micropeptides ont un potentiel d’application extrêmement large pouvant aller de la nutrition à la protection des cultures. Le challenge n’est pas seulement d’identifier le ou les bons micropeptides pour chaque application visée, mais aussi de trouver ceux qui vont être simples à produire et faciles à formuler et à appliquer. Nous avons donc développé une plateforme unique nous permettant de rapidement identifier les micropeptides les plus prometteurs, de les produire biologiquement à un coût compétitif et de sélectionner ceux compatibles avec les formulations et les applications couramment utilisées en agriculture. Nous travaillons désormais au développement de nos premiers produits ciblant pour l’instant des problématiques herbicides et fongicides.

Peut-elle s’appliquer à toutes les cultures ?

Oui, la grande force de notre technologie c’est qu’elle peut s’appliquer à toutes les cultures et pour traiter un grand nombre de problématiques agronomiques. Le challenge par contre reste d’arriver à développer des solutions adaptées aux spécificités de chaque culture : les budgets et le nombre de traitements à l’hectare sont en effet très différents entre le vigneron du sud-ouest de la France et le producteur de soja du Mato Grosso au Brésil. Peut-on rêver à terme d’une agriculture complètement propre ?
L’agriculture de demain sera certainement plus respectueuse de l’environnement et de la santé des sols, des agriculteurs et des consommateurs. On peut certainement rêver d’une agriculture en meilleure harmonie avec la nature, limitant son impact sur l’environnement et les écosystèmes. Les nouvelles technologies comme les micropeptides ont un rôle à jouer pour accélérer cette transition, mais ne suffiront cependant pas à tout résoudre. Il faudra aussi repenser nos modes de consommation et de production dans leur globalité, ce qui implique aussi des décisions fortes au niveau politique et un accompagnement de proximité des agriculteurs qui nous nourrissent.
 

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