Hassan Benjelloun : Ce n’est pas un film sur le soufisme, mais sur la vie – Arts – Culture

Ce n’est pas un film sur le soufisme, mais sur la vie

Dans Jalaleddine, il est encore et toujours question de tolérance.

Al-Ahram Hebdo : Quand on parle de films sur le soufisme aux pays du Maghreb, on pense aux réalisations du Tunisien Nacer Khémir, Les Baliseurs du désert, Bab Aziz, Le Collier perdu de la colombe. Pourtant, dans votre film, l’image du soufisme est tout à fait différente. Qu’en dites-vous ?

Hassan Benjelloun : Ce n’est pas un film sur le soufisme. C’est un film sur la vie. La zaouïa était un refuge pour Jalaleddine qui a perdu sa femme et qui a aussi perdu son fils, car celui-ci a épousé une fille qui ne lui convenait pas (ndlr: une fille de joie qui avait déjà fréquenté le père, dans une maison close, tenue par une certaine Fadila).

Donc, Jalaleddine a tout quitté à la recherche de l’amour, de la vérité et de beaucoup d’autres choses. Je ne traite pas directement du soufisme tout court, mais de mon soufisme à moi. C’est-à-dire: comment voir les choses… Toutes les définitions que j’ai données dans le film sont des définitions à discuter. Qu’est-ce que l’amour ? Qu’est-ce que la vérité? Qu’est-ce que le bonheur ? Qu’est-ce que la famille? Ce sont de très grands et vagues concepts. Chacun a sa définition.

Les poèmes récités par l’un des personnages principaux étaient un mélange et une réécriture de certains extraits de textes soufis. La danse des derviches tourneurs se fait sur une musique forte et rythmée. Et ce, pour donner une image du soufisme plus contemporaine et plus vraie, par conséquent plus proche du public. C’est une image simple et directe.

—  Le titre du film Jalaleddine prête quand même à confusion, car plusieurs avaient cru qu’on allait voir une oeuvre sur l’histoire du maître soufi et poète Jalaleddine Al-Rumi (1207-1273). Pourquoi ce choix ?

— Je voulais ce titre. J’aime jouer sur la confusion, sur le contraste.

— S’agit-il d’un message de tolérance un peu idéaliste ?

— Héba, la femme mourante de Jalaleddine, accepte au début du film que son mari retrouve la joie avec une autre. Elle accepte qu’il fasse l’amour avec n’importe quelle autre femme, lui disant qu’elle sera heureuse de le voir en forme.

Le personnage principal de Jalaleddine ne s’oppose pas au fait que son fils épouse une fille de joie qu’il a déjà connue. C’est très fort pour lui, mais on doit laisser les gens vivre. On ne va pas les détruire ou les condamner à jamais pour une erreur commise. Dans le film, quand même, ce n’est pas une erreur, mais toute une vie qui a été bouleversée.


Hassan Benjelloun.

Jalaleddine a tout abandonné après la mort de sa femme et s’est transformé en un véritable maître soufi. Il a fini par accepter vers la fin que son petit-fils devienne son disciple. Il ne l’a pas accepté comme membre de sa famille qu’il avait déjà quittée depuis longtemps. Il ne l’a pas jugé. Dès le début, le petit-fils était en quête d’une vie spirituelle. Il allait partir en Inde, mais en découvrant son grand-père, il a décidé de suivre ses pas. Lui aussi a tout quitté, pour partir à la recherche de l’amour et de la vérité.

— Dans vos films, comme Où vas-tu Moshé ?, Pour la Cause et d’autres, la tolérance est toujours mise en relief. Etes-vous idéaliste quelque part ?

— Dans Où vas-tu Moshé ? (2007), j’évoque le départ des juifs du Maroc. Pour la Cause (2019) traite de la cause palestinienne et de la question des frontières. Qu’il s’agisse d’un sujet social ou politique, la tolérance doit être toujours présente dans les esprits. Il faut savoir aimer, partager et accepter l’Autre tel qu’il est. Il faut apprendre à vivre de cette manière.

— Quels sont vos projets à venir ?

— Jalaleddine va prendre son parcours. Je prépare un documentaire sur un musicien juif du Maroc. Le documentaire est en post-production. Il est presque fini. Et j’écris un scénario sur une femme immigrée en Italie. La question de l’immigration clandestine me préoccupe toujours. On n’arrive pas encore à y trouver une solution. Je l’ai traitée auparavant dans Les Oubliés de l’Histoire (2009). Pour moi, la solution est de développer nos pays, afin de garder nos citoyens.

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