«Harry & Meghan», le grand ressassement

«Que diable s’est-il passé?», s’interroge Harry face caméra, en se filmant sur son téléphone portable à l’aéroport, dans la suite Windsor, comme on le fait tous après une prise de tête avec notre frère. C’est ainsi que démarre Harry & Meghan, série documentaire qui met en scène l’intimité de l’ancien couple royal, et leur combat très public pour le droit à la vie privée.

En ce qui concerne la vie de Monsieur et Madame Sussex, je suis aussi neutre qu’une huile de tournesol. Certes, j’ai la même fascination malsaine pour l’argent et le pouvoir que le citoyen moyen. Mais le seul truc qui m’avait vraiment intéressée dans la saga du Megxit, c’était la succession de robes colorées portées par Meghan lors de sa dernière semaine en tant que membre de la famille royale. On ne peut que respecter un tel doigt d’honneur textile à sa belle-famille.

À part ça, soyons clairs: je me moque royalement (désolée) de l’histoire de ce couple. La seule raison pour laquelle j’ai fini par regarder leur documentaire, un mois et demi après sa diffusion initiale, est que j’y ai été forcée par la direction de Slate (ma Couronne à moi).

Moi non plus, sauf quand on m’y oblige!

On a tous connu ce moment en soirée où, après quelques spritz de trop, on commence à partager tout notre historique médical, nos secrets familiaux les plus sombres et nos fantasmes les plus honteux avec quelqu’un qu’on connaît depuis douze minutes. Harry & Meghan, c’est la version documentaire de ça.

Dans ces six épisodes diffusés sur Netflix, le duc et la duchesse de l’impudeur reviennent en long, en large et en travers sur leur histoire d’amour et leur démission royale –enfin, je dis «reviennent» mais à ce stade-là, on n’est plus sur un simple retour, on est sur une carte Grand Voyageur.

Entre l’interview chez Oprah (iconique), ce documentaire, et le livre du prince Harry fraîchement publié, le niveau de ressassement est quasi mythologique pour ces sisyphes de l’embrouille familiale. Harry et Meghan sont comme votre pote qui parle du même ex depuis des mois tout en jurant avoir tourné la page.

«Ma femme et moi, nous avons décidé de passer à autre chose, nous sommes concentrés sur l’étape d’après», affirme Harry dans son documentaire en six épisodes sur la même dispute dont il nous parle depuis deux ans.

Qu’apprend-on de neuf dans Harry esperluette Meghan? Absolument rien. Et pourtant, je ne sais vraiment pas grand-chose sur les Royals –c’est dire à quel point le contenu de ce documentaire est rassis.

Au programme: Harry a été harcelé par les paparazzi. Diana est morte en 1997. La Grande-Bretagne a un passé colonial. Que des scoops! La plus grosse révélation (pour moi en tout cas), c’est que Meghan et Harry se surnomment constamment «H» et «M»… On est dans un épisode de Gossip Girl ou quoi?

Zéro révélation, absence totale de pertinence

Voici donc une liste exhaustive de tout ce que j’ai appris après six heures de visionnage:

  • que ces gens filment et prennent en photo chaque. minute. de leur existence
  • que Meghan fait des blagues de merde (je vous mets au défi de ne pas grimacer de honte devant son «On l’appelle Mr Justice Man, moi je l’appelle Mr. Just-is, maaan»)
  • que la mère de Meghan a l’air hyper sympa
  • que l’acteur Simon Rex a refusé les 70.000 dollars que lui offrait un tabloïd pour dire qu’il avait couché avec Meghan
  • que Meghan pleure en faisant de la méditation (enfin un truc auquel je peux m’identifier!)
  • que le prince Harry lit Twitter. Pourquoi?? Pourquoi s’infliger ça quand on est un prince, alors qu’on pourrait profiter de ses écuries ou jouer au croquet???
  • que Beyoncé envoie des textos à Meghan
  • que toutes ces infos étaient déjà connues depuis longtemps, puisque le docu n’arrête pas de montrer les multiples unes de journaux y faisant référence, indiquant par la même occasion son absence totale de pertinence puisqu’il ne révèle absolument rien de nouveau.

Mais si le documentaire ne contient pas de révélations, alors qu’y trouve-t-on? Eh bé pas grand-chose, à part des vidéos intimes du couple. Six épisodes consacrés à des vidéos de vacances, des selfies de couple et des images inédites de la fête d’anniversaire d’Archie, bref, tout ce que vous pouvez déjà trouver sur n’importe quel fil Instagram pendant votre pause pipi, c’est un peu léger. Ils sont super amoureux, c’est super pour eux, mais en quoi ça nous regarde?

Le problème, c’est que je découvre tout ça APRÈS avoir lu les histoires de pénis gelé de Harry. Difficile alors de ne pas voir le besoin pathologique d’attention qui émane de ce docu –même si on ne peut pas entièrement leur en vouloir: moi aussi j’aimerais bien diffuser six heures de pub pour moi-même sur Netflix.

Mais le plus gênant, c’est évidemment le fait de régler ses comptes avec sa famille par documentaire interposé. Imaginez si tout le monde faisait ça!

Ma tante est complotiste, prochainement sur Netflix!

La saison 2 de Ma mère est radine, bientôt disponible!

Mon père ne m’a jamais dit qu’il m’aimait, une série en cinq épisodes!

Non. Le seul moment acceptable pour laver son linge sale en public, c’est quand on va à la laverie.

En matière de série documentaire sur une famille de riches, je préfère encore l’émission sur les Kardashian, qui a au moins le mérite de savoir exactement ce qu’elle est. Harry & Meghan, elle, prétend servir une vérité profonde alors qu’elle répète juste les mêmes trucs qu’on a déjà entendus cent fois. La concision, c’est bien aussi. Sur ce, à dans deux semaines! Et si vous voulez découvrir un récit bouleversant sur la maltraitance de Diana par la famille royale, et sa relation avec Harry, regardez donc Spencer!

Retrouvez chaque semaine Amies, le podcast d’Anaïs Bordages et Marie Telling dans lequel elles (re)découvrent des séries ou films cultes.