« Hannibal Hopkins & sir Anthony », les yeux revolver

Un faux calme : voilà la posture favorite d’Anthony Hopkins au cinéma qui, de Hannibal Lecter au majordome corseté des « Vestiges du jour », se régale de déverser un torrent de violence avec sang-froid et affabilité. Le documentaire de Clara et Julia Kuperberg semble indiquer que cette griffe tient moins à une composition de jeu qu’à une manière de spontanéité. Pour preuve, cette émission qui ouvre le film dans laquelle Hopkins, une petite quarantaine, est invité à se raconter. L’œil revolver mais narquois, timbre serein et posé, il explique combien ses années de formation au théâtre shakespearien ont été une torture individuelle et sociale, lui qui ne rêvait que de gloire personnelle.

Un attrait amusé pour Hollywood

Laurence Olivier, son mentor, qui l’a dirigé au Royal National Theater de Londres au milieu des années 1960, le voyait pourtant comme son digne héritier. Hopkins, lui, trouvait plus amusant de se frotter aux sirènes de Hollywood, « ce temple de la superficialité », qu’il affectionne encore aujourd’hui pour cela. Il n’est pas un intello, répète-t-il ici : le petit claquement de langue, condensé d’abjection et de perversité qu’il invente sur le plateau du « Silence des agneaux », rebutant jusqu’à sa partenaire Jodie Foster, lui est venu comme ça, d’instinct.

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En outre, il est doté d’une mémoire phénoménale, capable de restituer avec clarté des souvenirs remontant à ses 2 ans. C’était à Port Talbot, au pays de Galles, dans la boulangerie tenue par son père. Ses parents ont rapidement désespéré de lui : il était dyslexique, donc nul à l’école, estampillé comme attardé. « En dehors de ça, tout allait bien », sourit-il. Un voile de pudeur qu’il agite dès qu’il s’agit d’évoquer les chapitres tourmentés de son existence. Comme cette phase d’alcoolisme définitivement révolue, qui s’est ouverte par sa fascination pour les acteurs imbibés croisés à ses débuts, à l’instar de l’immense Peter O’Toole. Il l’imite à la perfection, comme Bogart, l’idole de sa jeunesse, autre talent que ce franc-tireur se plaît à laisser entendre qu’il est inné, facile, dans ce portrait qui balaye sa filmographie avec le même relâchement suave.

BA – Hannibal Hopkins & sir Anthony

Dimanche 27 novembre à 22h45 sur Arte. Documentaire de Clara et Julia Kuperberg (2020). 50 min. (Disponible en replay jusqu’au 25 janvier 2023 sur Arte.tv).