Frère et soeur : le test complet du Blu-ray

La relation ambivalente entre un frère et une soeur
racontée par Arnaud Desplechin avec un style épuré et
brillamment interprétée.

Frère et soeur

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Un frère et une soeur à l’orée de la cinquantaine…
Alice Vuillard est actrice, Louis fut professeur et poète.
Alice hait son frère depuis plus de vingt ans. Ils ne se sont
pas vus depuis tout ce temps. Quand Louis croisait sa soeur
par hasard dans la rue, elle ne le saluait pas et fuyait… Le
frère et la soeur vont être amenés à se revoir lors du décès
de leurs parents.

Frère et soeur, sorti le 20 mai 2022, nommé à Cannes
pour la Palme d’or (attribuée à Sans filtre (Triangle of Sadness),
de Ruben Östlund), est le treizième long métrage pour le grand
écran d’Arnaud Desplechin, un habitué du Festival de Cannes
depuis 1992, où il fit une entrée remarquée en décrochant la
Palme d’or pour son premier film,
La Sentinelle, édité en vidéo avec le moyen métrage
La Vie des morts, salué en 1991 par le Prix Jean
Vigo
.

Frère et soeur

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Frère et soeur, parti d’une idée originale du
réalisateur, exploite, avec des dialogues raffinés, un
scénario coécrit avec Julie Peyr, collaboratrice de tous ses
longs métrages pour le grand écran depuis
[PROGRAM(un_conte_de_noel)], en 2008.

– Je t’aime ! – Moi non plus !

Frère et soeur reste énigmatique sur les raisons de la
haine d’Alice envers Louis qui se sont obscurcies au fil du
temps. Ils s’adoraient pourtant. Sont-elles nées dans la tête
d’Alice d’une rivalité avec son frère, de la peur confuse
d’une relation quasi-incestueuse, de la préférence affichée de
leur père pour elle… un peu pour tout ça et peut-être pour
d’autres choses plus futiles… Une des scènes fournit un
indice, mais aucune certitude, pas plus que les flashbacks.
Parce que l’essentiel, c’est la question du pardon, c’est de
savoir si la cassure entre le frère et la soeur va pouvoir
être réparée.

Frère et soeur

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Frère et soeur est servi par un choix judicieux de
la distribution des deux premiers rôles. Marion Cotillard,
pour sa troisième collaboration avec Arnaud Desplechin depuis
le petit rôle qu’elle tint en 1996 dans
Comment je me suis disputé… (ma vie sexuelle), et Melvil Poupaud, au
milieu d’une autre histoire familiale racontée par le
cinéaste, Un conte de Noël, où son personnage
s’appelait aussi Vuillard. À leurs côtés, on remarque Patrick
Timsit, le psychiatre ami de la famille, et une jeune Roumaine
qu’Alice rencontre fortuitement, jouée par Cosmina Stratan,
Prix d’interprétation féminine à Cannes pour
Au-delà des collines (Dupa dealuri, Cristian
Mungiu, 2012), nommé pour la Palme d’or et salué par le
Prix du meilleur scénario.

Filmé en décors réels, principalement à Roubaix, avec
quelques scènes en Ariège et ailleurs, Frère et soeur
bénéficie, pour sa photographie, de l’expertise d’Irina
Lubtchansky, collaboratrice fidèle d’Arnaud Desplechin depuis
Roubaix, une lumière en 2008.

Frère et soeur

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Frère et soeur (110 minutes) et ses suppléments (50
minutes) tiennent sur un Blu-ray BD-50 logé dans un boîtier
non fourni pour le test.

Le menu animé et musical propose le film avec le choix
entre deux formats audio, DTS-HD Master Audio 5.1 ou 2.0
stéréo.

Sous-titres pour malentendants.

Une édition DVD est disponible avec le même contenu.

Entretien avec Arnaud Desplechin (46’, ARTE)
conduit par Olivier Père pendant le Festival de Cannes 2022.
Après un rappel de la genèse du film, le réalisateur souligne
que son enjeu est de savoir si Alice pourra pardonner son
frère. Il aime filmer les émotions et leurs réactions
corporelles, allant des pleurs jusqu’à l’évanouissement. Il
met en avant les corps qui tombent ou s’élèvent, leur
exposition à des aléas, comme ceux des parents d’Alice et
Louis : « la trivialité, c’est un enchantement, c’est le cinéma
! » précise-t-il. Il donne la raison d’être de deux scènes
apparemment digressives, celle dans la grotte aux dessins
pariétaux et celle dans une synagogue, ainsi que l’entrée dans
l’histoire d’une personne étrangère au cercle familial, la
jeune admiratrice roumaine. Frère et soeur confirme un
tournant, amorcé par Roubaix, une lumière et Tromperie
en direction de scénarios plus resserrés, moins
« proliférants ». La conversation resitue Frère et soeur
dans la filmographie du réalisateur, dans « sa comédie
humaine », évoque des références à des films d’autres
cinéastes, le « complot » qu’il noue avec les acteurs, les jeux
d’ombre et de lumière…

Un utile complément au film, bien préparé !

Scènes coupées : Enterrement religieux ?
(1’22”) et Le rêve d’Alice (3’57”).

Frère et soeur

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L’image numérique (2.35:1, 1080p, AVC), prise en 3.4K avec
une Arri Alexa Mini, assure une résolution pointue, avec des
couleurs naturelles, bien étalonnées, et un grand confort de
lisibilité des plans dans toutes les conditions d’éclairage, y
compris dans scènes de nuit.

Le son DTS-HD Master Audio 5.1 (avec une alternative 2.0
stéréo pour les installations basiques) fait le job et procure
une discrète, mais cohérente, sensation d’immersion dans
l’action. La clarté de quelques répliques laisse toutefois à
désirer, tant pour des raisons d’articulation que de prise de
son.

Crédits images : © Shanna Besson – Why Not Productions