« Freda », le film qui brosse un portrait de la crise politique actuelle en Haïti

« Freda », le film qui brosse un portrait de la crise politique actuelle en Haïti

Ce jeudi 19 septembre 2022, l’Opéra de Limoges présentait le film Freda au public des Zébrures d’Automne, événement automnal des Francophonies. Réalisé par Gessica Généus et sélectionné dans la section Un certain Regard au Festival de Cannes 2021, le long-métrage parle de la crise civile et politique que traverse actuellement Haïti. 

Freda, entre fiction et documentaire

Freda est une jeune étudiante qui vit chez sa mère avec son frère Moïse et sa soeur Esther. Tous les trois très liés, ils font face à une violence populaire extrêmement forte : la précarité, les balles, les traumatismes d’enfance face auxquels on a pas été soutenu, qu’il a fallut caché car on nous a dit qu’ils étaient honteux. Pour s’en sortir, la mère cherche des réponses dans la religion, Esther dans son rapport aux hommes, Moïse dans le voyage et Freda essaye de se battre pour finir ses études et trouver un emploi plus tard récompensé par ses diplômes. 

Dans ce film, les plans sont pensés comme des photographies. La caméra est fixe, placée frontalement en face de la scène qui se déroule. L’inspiration photographique participe au réalisme du film. Les scènes sont structurées par des coupures nettes le construisant comme un assemblage de moments autonomes, qui, mis ensemble, recomposent une histoire.

Un manière de brosser le portrait d’une vie actuelle, comme une scène de genre en peinture, un témoignage en histoire. Le film sera une archive car il raconte une crise réelle avec certaines images tournées dans les vraies manifestations. Filmées caméra à l’épaule, ces séquences déstabilisent le spectateur qui se retrouve à la limite entre fiction et documentaire.

Le film est porté par Fabiola Remy, qui joue la mère, et qui passa près de 9 ans en prison sans être jugée. C’est finalement grâce au soutien du Bureau des droits humains en Haïti qu’elle fut libérée. Elle rencontra la réalisatrice Gessica Généus lors des visites de la réalisatrice en prison où elle était incarcérée puis par l’intermédiaire de Guy Regis Jr, alors directeur du festival de théâtre des Quatre Chemins.

Freda, Rosetta, Félicité : trois films aux structures similaires, du portrait social aux constats sans jugement

Freda rappelle deux autres films composés de la même manière – une représentation de la vie sociale, sans parti pris ni réponses mais en présentant des histoires de vies dans des plans inspirés de la photographie et des fins de séquences assez sèches : Rosetta, des frères Dardenne, et Félicité de Alain Gomis. Dans les trois cas, le titre du long-métrage porte le nom de celle dont on suit récit. La différence entre Freda, Rosetta et Félicité est que Freda donne tout de même un élément de réponse à un moment donné du film, une ouverture à une histoire qui semblait pourtant bloquée. De plus, alors que Félicité se concentre sur une seule trame narrative – celle d’une mère qui se fait voler l’argent destiné à soigner son fils d’un accident, et les conséquences de ce vol, Freda brosse plus largement les divers pans des difficultés que rencontre Haïti actuellement : les insurrections, les difficultés économiques, le choix de rester ou de partir, le tabou des violences sexuelles et conjugales, la fête, la fraternité, l’université …

Un type de film particulier, dont les récompenses montrent les reconnaissances du public. Alors que Freda était en sélection de la catégorie Un Certain Regard au Festival de Cannes 2021, Rosetta est le premier film belge ayant reçut la Palme D’Or à Cannes en 1999, et son impact fut si important qu’il permis la création d’aides régionales au cinéma en Belgique. De son côté, Félicité remporta également plusieurs prix, dont l’Ours d’Argent (grand prix du jury) à la Berlinale de 2017.

FREDA de Gessica Généus – Bande-annonce VOSTFR from Nour Films on Vimeo.

Visuel : affiche du film. Durée : 1h33

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