Et vous détruit les poumons. –


Le réalisateur Quentin Dupieux fait une nouvelle fois parler de lui avec le film Fumer fait tousser. En sortant un film par an, le David Lynch français, comme certains aiment étrangement l’appeler, est devenu particulièrement prolifique depuis Au Poste. Après son mitigé Incroyable mais vrai, il lui fallait revenir avec un réel tour de force pour convaincre une fois de plus et rappeler au monde qu’il aime toujours autant jouer de ses concepts. Cette fois-ci, il s’agit certainement de son film le plus référencé et personnel. Peut-être s’agit-il de son film « déclaration d’amour au cinéma » tant il pioche parmi des genres si différents et variés. L’horreur, le fantastique, la science-fiction, tout cela sur fond de super sentai, l’un des genres les plus populaires et appréciés au Japon, les plus connues étant les sagas Power Rangers.

Toujours avec sa maestria propre, Dupieux offre à son long-métrage une identité divertissante forte et tout public. Les enjeux et sous-textes de Fumer fait Tousser semblent plus clairs et identifiables qu’à l’accoutumée chez le réalisateur. Lui qui aime jouer avec nos nerfs, notre patience et nos attentes, s’il ne sait pas toujours nous satisfaire, il a le mérite de systématiquement réussir à nous surprendre. Imprégné d’une forte influence de la culture populaire des années 90′, le film devient vite intergénérationnel. On y retrouve d’ailleurs un panel d’acteurs et actrices français(es) impressionnant, faisant le pont entre tous les âges. De Gilles Lellouche à Oulaya Amamram, de Jean Pascal Zadi à Blanche Gardin, ou encore de Benoît Poelvoorde à Adèle Exarchopoulos, tout en passant par Vincent Lacoste, Doria Tillier ou Julia Faure, sans oublier les stars du web David Marsais, Grégoire Ludig et Jérôme Niel, et la voix de notre incontournable Alain Chabat, la crème du cinéma français y passe. Bref, du très beau monde en perspective pour un scénario qui part dans tous les sens pour notre plus grand plaisir !

Impossible de ne pas chercher à comprendre pourquoi le titre Fumer fait tousser. Qu’essaie de nous dire le réalisateur ? L’équipe s’appelle effectivement les Tabac Force, fait qui n’a aucun impact direct dans l’histoire, et le titre n’est qu’une réplique expédiée par Gilles Lellouche très tôt dans le film, sans véritable autre réponse par la suite. Fumer fait certes tousser, du moins lorsque l’on commence, mais nous ne connaissions pas Dupieux sponsorisé par le ministère de la Santé. Sur ce point, on peut dire que les différents arcs narratifs du long métrage nous laissent assez de marge pour une interprétation libre. Le réalisateur lui-même avoue ne pas avoir voulu faire de film moralisateur, le titre devient à son tour, à l’image du scénario, très mystérieux. Si l’on décortique plus soigneusement les différentes thématiques abordées dans ce recueil d’histoires impromptu, on peut conclure que le sort de certains personnages seraient des conséquences de la dépendance au tabac, scénarisées et métaphorisées. En réalité, c’est surtout vers une prise de conscience de l’état actuel de notre planète et l’état du monde que le film nous induit. La consommation abusive de tabac n’étant de facto que l’une des préoccupations majeures de l’état dans lequel notre société continue d’évoluer.

Mais il est inutile de trop approfondir dans cette voie tant Fumer fait tousser résonne comme un film absolument absurde et déconcertant, bien loin du scénario calme et reposant de Incroyable mais vrai. Le long-métrage est un condensé de tension, de scènes improbables et de rythme aussi invraisemblable que tordant. Contrairement aux standards actuels, le film est relativement court (1h20) et on n’a définitivement pas le temps de s’ennuyer. La narration est fluide et procure cette sensation d’avoir suivi plusieurs histoires en une, rendant le film bien plus complet et complexe qu’il ne semble l’être. Sans pour autant le rendre sérieux ou dramatique, et encore moins intellectuel. Le réalisateur sait soigner son image et intriguer le spectateur à ce qu’il véhicule, mais parfois, il faut savoir apprécier aussi bêtement que possible ce que l’on regarde. On n’avait plus vu de film de Dupieux sous acide depuis Wrong Cops et Réalité. Il signe ici une performance à couper le souffle, ou à en rire à pleins poumons, tant cette narration, à la fois décousue et incisive, parvient à nous rendre hilare et curieux d’un esprit totalement fantasque tel que le sien.

Réussir à convaincre son auditoire d’entrer dans son univers est le plus gros challenge de quiconque opérant dans un milieu artistique. Dupieux quant à lui relève ce défi de nous inviter dans un univers différent à chacun de ses films, comme s’il se lassait du moindre jouet qu’il crée. Ce réalisateur est fou, tout simplement, et nous sommes fous de son cinéma. Avec une distribution formidable et une histoire aussi déjantée que passionnante, la surprise n’en a été que meilleure cette fois-ci. Un condensé de nostalgie dans un monde régi par l’improbable, le résultat est à des années lumières de nos attentes, mais rempli parfaitement notre satisfaction. C’est un bingo.

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