Environnement : « Il faut vraiment une impulsion politique pour un projet global »

Grosse journée, jeudi 22 septembre, à Saint-Dizier pour les salariés et animateurs de l’Agence de l’eau Seine Normandie. Ils ont pu prendre connaissance des dernières informations concernant l’adaptation au changement climatique, à travers différents ateliers tels que “favoriser l’infiltration à la source et végétaliser la ville” ou “coproduire des savoirs climatiques locaux” à travers l’évolution de la température des cours d’eau.

L’après-midi, des visites de chantiers ont été effectuées, notamment de la prise d’eau à Saint-Dizier pour l’alimentation du lac du Der, afin de « mettre en valeur ce qui se fait sur le terrain » par les partenaires qui adhèrent à l’établissement public, indique Jean-Christophe Inglard, directeur territorial vallée de la Marne à l’Agence de l’eau. Ce dernier revient sur l’intérêt de participer aux actions de sa structure et évoque les aménagements nécessaires pour affronter les modifications climatiques.

jhm quotidien : Le thème porte sur le changement climatique. Les problèmes s’intensifient-ils ?

Jean-Christophe Inglard : Notre schéma directeur a été mis en place en 2016, tout avait déjà été constaté à cette époque. Il y a de plus en plus de cours d’eau à sec et c’est long pour améliorer la qualité de l’eau. On sait qu’on ne pourra plus revenir en arrière, il y a le problème de l’eau et de la biodiversité à gérer.

jhm quotidien : On connaît les solutions et pourtant, de nombreuses collectivités continuent à bétonner. Comment l’expliquez-vous ?

J.-C. I. : On constate de bonnes dynamiques mais c’est hétérogène sur le territoire. Tout dépend de l’impulsion des acteurs locaux. C’est pour ça que nous proposons des contrats avec les collectivités, les industries… Notre levier, c’est l’argent, nous finançons les projets d’aménagement. A Vitry-le-François, un projet dynamique s’est engagé avec une végétalisation des espaces, de l’infiltration d’eau, de l’embellissement. Parce qu’en fait, il n’y a pas que la problématique des eaux fluviales, c’est un tout avec l’embellissement et la lutte contre les îlots de chaleur. A chaque fois, nous rencontrons les élus et leur faisons la promotion des aides.

jhm quotidien : Pour les convaincre, quelles sont les solutions faciles à réaliser ?

J.-C. I. : On n’est pas obligé de s’adresser à des collectivités. Par exemple, un bailleur peut réaménager un espace végétalisé autour de son immeuble, qui intègre les eaux pluviales. Chaque projet doit tenir compte du réchauffement climatique. jhm quotidien : On doute souvent du respect environnemental chez les architectes quand on observe des parvis minéralisés…

J.-C. I. : Les architectes suivent les demandes des collectivités. Il faut vraiment une impulsion politique pour obliger à un projet global. Un carré entouré de béton, où poussent quelques arbustes que l’on doit arroser l’été, est considéré comme du verdissement. Mais il vaudrait mieux rendre la surface alentour perméable pour l’infiltration de l’eau. Toute surface rendue perméable dans un univers imperméable, c’est toujours ça. Il faut tout penser en amont.

jhm quotidien : Le lac du Der était rempli cet été alors que certains secteurs comme l’agriculture manquaient d’eau. Peut-on envisager à l’avenir une fonction polyvalente pour ce lac ?

J.-C. I. : Si on autorisait les prélèvements, il y aurait des cours d’eau à sec. Et puis, il faudrait de nombreuses canalisations pour prendre cette eau, c’est impossible. En Haute-Marne, on a la chance d’avoir un sous-sol qui stocke l’eau, on préconise donc de favoriser son infiltration en ville comme en milieu rural. Puiser dans la nappe phréatique est avantageux car il n’y a pas le problème d’évaporation comme pour les retenues. Les agriculteurs sont encouragés à changer leurs pratiques culturales avec le couvert végétal par exemple. Il faut que l’eau reste dans la partie supérieure du sol, c’est bon pour la plante et pour l’infiltration de l’eau. Les haies évitent aussi les inondations. Il faut repenser l’aménagement du territoire.

jhm quotidien : Doit-on changer nos habitudes ?

J.-C. I.  : Il faut aller vers la sobriété tout en mettant en œuvre cet ensemble de solutions. On ne peut pas se dire les solutions sont trouvées, on ne modifiera pas notre mode de vie. Et ça, c’est le risque justement.

jhm quotidien : A ce propos, on a l’impression que les ingénieurs découvrent des pratiques que maîtrisaient déjà nos grands-parents.

J.-C. I. : Oui, il y a de ça, le bon sens. On doit concilier le bon sens du passé avec les pratiques modernes, mais on ne va pas retourner à l’époque des petites parcelles. L’irrigation doit aussi être améliorée.

Propos recueillis

par Marie-Hélène Degaugue [email protected]

Climat. L’Agence de l’eau Seine Normandie a organisé sa réunion annuelle à Saint-Dizier, jeudi 22 septembre, à l’Espace cœur de ville. L’établissement public a informé ses employés et ses animateurs sur les dernières données portant sur “l’adaptation au changement climatique”.