entrez dans la danse, ou pas

Neneh superstar ***

de Ramzi Ben Sliman

Film français, 1 h 35

Les candidates à l’École nationale de danse de l’Opéra de Paris semblent avoir toutes été coulées dans le même moule : des fillettes longilignes, la chevelure sagement ramassée en un chignon, issues de milieux aisés, éduquées par leur famille et la pratique de la danse classique à ne pas dire un mot plus haut que l’autre. Neneh détonne au premier coup d’œil par sa peau noire, sa coupe afro colorée de rose et son incroyable bagout. Rien ne semble la décontenancer. Interrogée par le jury du concours d’entrée à l’école, elle se dit « née pour danser » et explique s’être préparée avec les vidéos de Marianne Belage, la directrice de l’établissement, son idole.

Les membres du jury s’affrontent rudement au sujet du recrutement de Neneh. Plusieurs enseignants n’ont aucune hésitation : son excellent niveau et sa grâce lui ouvrent les portes de l’école. D’autres, emportés par Marianne Belage, défendent, au nom des traditions et des valeurs qui font le prestige de l’établissement, un racisme décomplexé : la couleur de sa peau attirera tous les regards et rompt l’uniformité nécessaire à l’esthétique du ballet, ses courbes risquent d’exploser à l’adolescence, aucun rôle du répertoire ne lui conviendra, l’école a déjà suffisamment fait preuve d’ouverture en accueillant un Chinois et une Mauricienne. Mais le directeur de l’Opéra de Paris a le dernier mot : Neneh intègrera l’école.

Le conservatisme du « ballet blanc »

Inconsciente de ces enjeux, la fillette fait face aux réticences de ses proches, de ses meilleures amies de sa cité de La Courneuve à sa mère, modeste employée de la RATP, qui ne voient guère où la mènera une telle formation. Si Neneh trouve un allié en son père, elle se heurte violemment à des hostilités au sein de l’école, en particulier celle de Marianne Belage à la trajectoire plus complexe qu’elle ne l’affiche.

Révélation de Neneh superstar, Oumy Bruni Garrel crève l’écran par sa présence, son naturel et sa spontanéité. Dotée d’un réel talent de comédienne, la fille adoptive de Louis Garrel et de Valeria Bruni-Tesdeschi paraît aussi à l’aise dans les scènes de danse classique, à l’intérieur de l’école, que dans les chorégraphies contemporaines créées par Mehdi Kerkouche, interprétées dans la rue. Lui fait face une Maïwenn inédite (Marianne Belage), amaigrie, cheveux tirés, toute fantaisie et sourire envolés.

Le cinéaste Ramzi Ben Sliman dépeint avec acuité le conservatisme du « ballet blanc » et son rejet de toute différence (physique, sociale, etc.) regardée comme de mauvais goût. Parfaitement documenté, le film met en scène le rude quotidien de l’école, le rapport décomplexé à une certaine norme (jusqu’à la prise en considération du poids des parents), ainsi que les injustices culturelles, qui dissuadent les fillettes noires de poursuivre la danse classique faute de figures auxquelles s’identifier.