ENTRETIEN. Pour le patron de Benshi, « le cinéma aide les enfants à appréhender le réel »

Adrien Desanges, 42 ans, est cofondateur de la plateforme de cinéma pour enfants Benshi.

photo adrien desanges, co-fondateur de la plateforme benshi, spécialisée dans le cinéma pour enfants.  ©  dr

Adrien Desanges, co-fondateur de la plateforme Benshi, spécialisée dans le cinéma pour enfants. © DR

Deux ans, est-ce trop tôt pour regarder des images animées ?

C’est beaucoup trop tôt pour voir de la laideur. Pas pour voir deux ou trois minutes de beauté. Mais c’est pour ça qu’il vaut mieux être guidé. D’où l’idée de notre plateforme Benshi (1) et de l’ouvrage Le meilleur du cinéma pour les enfants (2). Il ne s’agit pas d’éduquer qui que ce soit. Mais de donner des indications qui permettent de prendre du plaisir. Y compris à 40, 60 ans, pour être, avec un enfant, étonné, amusé, surpris devant un film qui ne se contente pas d’être une suite de péripéties criardes. Il faut juste procéder par étapes.

D’où les recommandations d’âge de Benshi et de votre livre…

Nous le faisons avec un comité de sélection formé de gens qui montrent des films toute l’année à des enfants. Ils connaissent leurs réactions. Ce qui n’empêche pas qu’un enfant en particulier puisse être particulièrement sensible au noir, au feu ou à autre chose. Moi, parmi mes trois enfants, la deuxième est particulièrement sensible à la nature et aux animaux maltraités.

« Il ne s’agit pas de les mettre en face d’une hyper-réalité »

N’empêche que la mort de la mère de Bambi…

De Bambi au Roi lion, beaucoup de grandes histoires pour enfants traitent du deuil des parents. Il ne faut pas avoir peur de ces thématiques. Les enfants sont armés et heureux d’aller vers ces thèmes. Ça leur permet de voir qu’ils grandissent. Se confronter à la fiction aide à appréhender le réel, y compris ses propres émotions. Il ne s’agit évidemment pas de les mettre en face d’une hyper-réalité. Le dessin animé est en cela un merveilleux outil.

Sans oublier d’en discuter ensemble ?

Bien sûr. C’est du bonus de discuter de cet enfant de Jiburo (film sud-coréen) qui, au début du film, est horrible avec sa grand-mère, complètement autocentré. D’échanger sur la conscience écologique radicale des films de l’Irlandais Tomm Moore. De parler des films de Tim Burton où la monstruosité est davantage chez les gens que chez les monstres…

Et cette envie des enfants de voir et revoir les mêmes films…

C’est rassurant de regarder les mêmes images. C’est un vrai plaisir de retrouver une émotion ou son héros, de rire au même gag de Chaplin ou Keaton… C’est autre chose que ces propositions qu’on voit beaucoup à la télévision qui n’ont rien à raconter à part une succession de péripéties montées très cut (coupées courtes très régulièrement). C’est bien aussi de prendre son temps, de s’installer dans un récit, de s’arrêter sur un plan fixe. On n’a pas forcément besoin de pyrotechnie.

C’est mieux au cinéma ?

Évidemment. Pas forcément tous en même temps les mardis et samedis soir ! Mais, aller au cinéma, c’est une autre émotion et c’est se déplacer pour rencontrer quelqu’un qui a fait un film.

La place de cinéma est-elle trop chère ?

C’est trop cher quand le film est mauvais. Quand les gens considèrent qu’ils n’en ont pas eu pour leur argent. Le prix des places de concert n’arrête pas d’augmenter mais le public considère que ça les vaut. Les plateformes où on achète les films à 2 ou 3 € envoient aussi le message qu’un film ça ne vaut pas grand-chose. Je préfère avoir foi dans le cinéma et se dire que 9 € pour pleurer, rire, avoir des émotions fortes, ça le vaut.

(1) Benshi est une plateforme de plus de 200 films pour enfants qui fonctionne par abonnements, sans publicité. 5 € par mois. 50 € par an. benshi.fr.

(2) Le meilleur du cinéma pour les enfants. Pour les 3-6 ans. Seuil jeunesse. 248 pages, 19,90 €.