ENTRETIEN. Kore-eda Hirokazu, le cinéaste des parias

Après Une affaire de famille (2018) et La Vérité (2019), Kore-Eda Hirokazu a signé son retour cette année avec Les bonnes étoiles, récompensé au Festival de Cannes. Pour Ouest-France, il revient sur sa vision du Japon et les valeurs qu’il transmet, ou non, dans ses films.

Le gouvernement japonais ne vous avait pas félicité pour votre Palme d’or obtenue en 2018 avec Une affaire de famille. Pourquoi énervez-vous le pouvoir ?

Il y avait effectivement eu une polémique à l’époque. J’avais peut-être aussi mis le feu aux poudres en disant que ça m’était complètement égal qu’ils me félicitent au pas. Mais j’avais ajouté que j’aimerais bien qu’ils s’intéressent d’un peu plus près à la réforme du système d’aide et de soutien du cinéma japonais. Ils ont considéré que c’était un outrage.

En plus, ils estimaient que mon film avait jeté le discrédit sur le Japon en montrant une image qu’ils n’aimaient pas (des pauvres qui volent pour réussir à vivre mais font preuve d’une immense humanité). Mais aucun membre du gouvernement ne s’est exprimé directement. C’était plutôt les gens autour. Il n’y a jamais eu de conflit ouvert. J’ai même été invité à la cérémonie des cerisiers en fleurs par Shinzo Abe (l’ancien Premier ministre récemment assassiné) mais, évidemment, je n’y suis pas allé.

Dans tous vos films, y compris le dernier, Les bonnes étoiles, il faut se méfier des apparences de vos personnages, comme on dit en français, « l’habit ne fait pas le moine »…

Parce que le monde est plein de gens comme ça. Qui ne sont ni tout blanc, ni tout noir, mais un peu des deux. Au début des Bonnes étoiles, la policière dit de la femme qui abandonne son enfant qu’elle n’aurait pas dû accoucher. C’est le point de vue le plus commun. En même temps, le film essaie d’apporter des avis différents, au-delà des préjugés et des présupposés. Pour qu’un film existe, il faut qu’il y ait un changement de point de vue pour le spectateur. C’est ce que j’essaie de faire.

Les liens les plus forts sont-ils les liens du sang ou les liens que l’on crée ?

C’est une question complexe et chacun peut avoir des réponses différentes. Moi, je sais depuis longtemps que les liens du sang ne suffisent pas. Le temps permet aussi de fabriquer des liens de famille qui n’existent pas. Mais certains, comme ma mère, sacralisent les liens du sang. Donc je préfère que mes films ne tranchent pas.