ELLE a vu la série « Chair tendre » sur France 5

Ne nous fions pas à son titre joliment dixneuviémiste : « Chair tendre » nous plonge dans le microcosme d’un lycée d’aujourd’hui. Tout juste arrivée dans une nouvelle ville, Sasha (Angèle Metzger) attise le désir de tous mais dissimule un secret : elle est intersexe. Terme qui désigne environ 1,7 % de la population mondiale née avec des caractéristiques sexuelles plus complexes que les définitions binaires. Longtemps élevée comme un garçon, charcutée dès le berceau par les médecins, Sasha se pose des questions sur ce qu’elle désire et qui elle est… Comme tous les garçons et les filles de son âge. C’est ce qui fait la force de cette série où l’on voit une bande de jeunes s’aimer, se détester, s’ignorer, tous très attachants et la langue bien pendue, avec une mention spéciale pour l’ébouriffante petite sœur, jouée par Saül Benchetrit.

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« J’espère faire évoluer les mentalités »

Sacrée meilleure série du festival Séries Mania 2022, « Chair tendre » ne se veut pas « didactique ou médicalisante, explique sa scénariste et coréalisatrice Yaël Langmann. Elle raconte avant tout le fléau de vouloir rentrer dans la norme, qui peut en laisser certains sur le carreau. Le chemin de Sasha, c’est se rendre compte qu’elle n’est pas si différente de ses camarades, qui vivent aussi, chacun à leur manière, fantasmes, traumas et déceptions. » Remarquée pour son travail de scénariste sur les films d’Yvan Attal, Yaël Langmann a imaginé cette histoire il y a dix ans, à la suite d’une rencontre avec une personne intersexe. Les réactions sont d’abord violentes : « On me disait que ça n’existait pas, il y avait des amalgames terribles avec la transidentité. J’espère faire évoluer les mentalités. Lorsqu’on est en situation d’intersexuation, on le découvre souvent à l’adolescence, on se sent monstrueux alors qu’on ne l’est pas. »               

Le choix de la charismatique Angèle Metzger tient au fait que « les jeunes personnes intersexes étant déjà en plein chamboulement, elles préfèrent ne pas faire leur coming out si brutalement dans une fiction. Si d’autres acteurs cisgenres ne nous ont pas convaincus au casting, Angèle s’est imposée par son humilité et sa remarquable intelligence ». « Il faut encore porter en soi un chaos pour pouvoir mettre au monde une étoile dansante », écrivait Nietzsche, ici cité par Sasha. Belle formule qui résume bien la grâce dramaturgique de « Chair tendre ».                         

« Chair tendre », 10 x 26 mn, vendredi 23 septembre, 21 h, France 5. Et en intégralité sur france.tv.

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