DVDFr – The Great Buster

Une riche analyse de tout ce qui fait l’originalité de
Buster Keaton, l’acteur et le réalisateur, le génie du cinéma
muet.

The Great Buster - Une célébration

/>

En guise d’hommage à Buster Keaton, le réalisateur et
historien du cinéma Peter Bogdanovich retrace la vie de
« l’homme qui ne rit jamais » et nous propose les vues sur son
oeuvre d’une vingtaine de cinéastes et d’acteurs qui l’ont
connu ou ont été influencés par lui. Ces entretiens sont
illustrés par de nombreux extraits de films et deux précieux
témoignages de Frank Capra et d’Orson Welles.

The Great Buster – Une célébration (The Great
Buster – A Celebration
), écrit et réalisé par Peter
Bogdanovich en 2018, présenté à Deauville et au Festival du
film du Grand Lyon, salué par le Prix du meilleur
documentaire sur le cinéma
à la Mostra de Venise, nous
arrive directement en vidéo.

Peter Bogdanovich, disparu en janvier 2022, acteur,
réalisateur d’une trentaine de films, nommé dès 1971 à
l’Oscar du meilleur réalisateur pour
La Dernière séance (The Last Picture Show,
1971), auteur de documentaires sur le cinéma, dont The
Great Professional: Howard Hawks
en 1967 et de Directed
by John Ford
en 1971, s’était très tôt intéressé à Buster
Keaton : le film s’ouvre sur le débat auquel il participait,
il y a cinquante ans, en janvier 1972, dans le cadre du
programme télévisé The Dick Cavett Show.

The Great Buster - Une célébration

/>

The Great Buster – Une célébration, dans sa première
partie, retrace la vie de l’acteur et cinéaste. Joseph Frank
Keaton naît le 4 octobre 1895, juste avant la première séance
publique du cinématographe des frères Lumière, le 28 décembre
au Grand café de Paris. Fils de deux acteurs de théâtre
itinérant, il n’a que 4 ans quand son nom apparaît en grands
caractères sur les affiches deThree Keatons, le
spectacle de ses parents : ils se lançaient d’un bout de la
scène à l’autre le petit Joe soumis, dès l’âge tendre, à
l’apprentissage de la cascade.

En 1917, Buster vole de ses propres ailes et, après une
furtive présence sur une scène de Broadway, est appelé à
Hollywood par son ami Roscoe ‘Fatty’ Arbuckle. Il apparaît
dans son premier film, la comédie, The Fatty Butcher,
avant de prendre la direction de la Comique Film
Corporation
et de réaliser ses premiers courts métrages
dans lesquels il impose son personnage, « l’homme qui ne rit
jamais » (the great stone face). Il crée sa société de
production et réalise, de 1923 à 1928, ses longs métrages, les
films de sa « période dorée », dont trois,
Sherlock Junior (Sherlock Jr. , 1924),
La Croisière du Navigator (The Navigator, 1924)
et Le Dernier Round (Battling Butler, 1926)
ont été récemment édités en haute définition par Elephant
Films, ainsi que son chef-d’oeuvre,
Le Mécano de la Générale (The General, 1926).

The Great Buster - Une célébration

/>

La signature, en 1929, d’un contrat avec MGM (« la plus
grosse erreur de ma vie », dira-t-il) rompt son élan : le
studio lui coupe les ailes en le privant de tout regard sur la
réalisation des films dans lesquels il joue et le pousse dans
une traversée du désert. Il rebondit à la télévision en créant
des publicités fantasques, en apparaissant dans le Ed
Sullivan Show
puis, sur le grand écran, dans une scène
inoubliable de Les Feux de la rampe (Limelight,
Charles Chaplin, 1952). Il recevra tardivement les marques
d’une reconnaissance qui lui était due : un Oscar
d’honneur
en 1960 et une Coupe d’honneur à Venise
en 1964, sous les applaudissements du public pendant dix
minutes !

The Great Buster – Une célébration, dans sa seconde
partie, donne les vues d’une vingtaine de personnes sur Buster
Keaton et son oeuvre, parmi lesquelles James Curtis, auteur de
Buster Keaton: A Filmmaker’s Life (Knopf, février
2022), Werner Herzog, Cybill Shepherd, Mel Brooks, Quentin
Tarantino… Une revue de ses films permet d’apprécier
l’inventivité de ses gags (« des blagues qui marchent grâce à
la caméra », selon Quentin Tarantino) et de « ses inventions
mécaniques », son sens de la mise en scène, sa composition d’un
personnage insolite, un maladroit toujours sauvé par la
chance…

The Great Buster – Une célébration livre une riche
analyse de tout ce qui distingue le cinéma de Buster Keaton de
celui de deux autres génies du comique, ses contemporains
Charles Chaplin et Harold Lloyd, de son style unique qui a
influencé d’autres cinéastes, notamment, en France, Jacques
Tati et Pierre Etaix.

The Great Buster - Une célébration

/>

The Great Buster – Une célébration (101 minutes) et
ses suppléments (31 minutes) tiennent sur un Blu-ray BD-50
logé dans un boîtier, glissé dans un fourreau.

Le menu fixe et musical propose le film dans sa version
originale, en anglais, avec sous-titres optionnels, avec le
choix, pour le format audio, entre DTS-HD Master Audio 5.1 et
2.0 stéréo.

Édition DVD disponible, avec le même contenu.

Rencontre au Quad avec Peter Bogdanovich
(2018, 29’). Charles S. Cohen, le producteur du film, dans la
salle de projection de la société indépendante de production
Quad Group, rappelle qu’il a acquis en 2011 un lot de
500 longs métrages parmi lesquels se trouvaient tous les films
muets de Buster Keaton qu’il a restaurés en 4K avec de
nouveaux accompagnements musicaux. Peter Bogdanovich avoue que
son intérêt pour Keaton remonte aux films muets qu’il avait
vus, à 6 ou 7 ans, au MoMa, avec son père. Buster Keaton
n’était pas qu’un grand acteur, c’était aussi un grand
réalisateur. Il s’étonne du désintérêt des jeunes pour le
cinéma muet alors que Hitchcock disait : « aujourd’hui, la
plupart des films montrent juste des gens qui parlent ». Après
la projection du film, interrogé par Richard Peña, Peter
Bogdanovich souligne que, contrairement aux idées reçues, les
longs métrages de Buster Keaton sont meilleurs que ses courts
métrages, « avec la caméra toujours à la meilleure place (…)
et de stupéfiantes cascades ». Il est regrettable que MGM ne
lui ait laissé aucune chance d’exprimer son talent. Peter
Bogdanovich dit ce qu’il a appris, « au fil de l’eau », d’Alfred
Hitchcock, de John Ford, de Howard Hawks. Il évoque ses débuts
comme assistant de Roger Corman pour Les Anges sauvages
(The Wild Angels, 1966), puis annonce la sortie, à
laquelle il a beaucoup contribué, sur Netflix en 2018, d’un
montage de 122 minutes de The Other Side of the Wind,
le dernier film qu’Orson Welles n’avait pu finir.

Un complément un peu décousu, gâché par une prise de son
déplorable.

The Great Buster - Une célébration

/>

L’image (1.78:1, 1080p, AVC) assure une parfaite lisibilité
de tous les plans fixes des entretiens avec la vingtaine
d’intervenants. La qualité des inserts d’archives,
essentiellement des extraits de films restaurés, est à la
hauteur des attentes.

Le son DTS-HD Master Audio 5.1 (avec une alternative 2.0
stéréo) ne suscite aucune réserve. Difficile de faire la
différence entre les deux formats, ce qui est sans importance
pour des entretiens individuels.

Crédits images : © 2018 BUSTER K DOCUMENTARY PROJECT, LLC. Tous droits réservés.

x