DRIVER (Critique) – Les Chroniques de Cliffhanger & Co

SYNOPSIS: A Los Angeles, un homme mystérieux et solitaire surnommé « le chauffeur » est maître dans l’art de semer la police lors de braquages à hauts risques. Un brillant détective le traque sans relâche et décide de le piéger en montant un faux casse avec une équipe de malfrats. Afin de lui échapper, le chauffeur s’associe avec « la joueuse », une jeune femme séduisante et énigmatique.

Driver, second long-métrage de Walter Hill est un film finalement assez conceptuel qui d’ailleurs à sa sortie s’était plutôt fait vilipender outre atlantique. C’est au fil de temps, qu’on lui reconnaîtra une pure qualité autant formelle, qu’une certaine audace scénaristique, presque une forme de mysticisme avec notamment tous ces personnages sans noms autre que le chauffeur, la joueuse, le détective, le contact etc… Hommage aussi bien sans doute au cinéma de Kurosawa que de Sergio Leone, avec la trilogie du Dollar et de l’homme sans nom sous les traits de Clint Eastwood. Les personnages sont en quelque sorte comme déshumanisés, en tout cas non empathiques, ce qui sans doute est une singularité majeure de Driver. Sans le réduire, car le style est pleinement assumé, Driver, c’est ambiance pneus qui crissent, sirènes de voitures de police hurlantes, regard froidement déterminé du chauffeur adverse, têtes à queues, et tonneaux en pagailles, dans des lumières et bruits de gyrophares brisés. Et même pour les non-initiés, les scènes de course-poursuites sont assez jubilatoires, tant la mise en scène est travaillée, et que l’on devine et partage du coup, le plaisir prit à nous envoyer des shots d’adrénaline à l’odeur de l’asphalte incandescente. Ici, Ryan O’Neal est un virtuose du volant, genre le papa de Ryan Gosling dans Drive (2011), voir le papy de Baby Driver (2017), avec la même puissance et tonicité un volant entre les mains. C’est en effet le registre de la maîtrise artistique, digne des plus grands compositeurs, écrivains, poètes, peintres etc… Il conduit comme on fait naitre l’art. Il ne semble même qu’exister un volant entre les mains.

© 1978 Twentieth Century Fox Film Corporation – STUDIOCANAL FILMS Ltd

Incontestablement, le magnétisme entre Ryan et O’Neal et Isabelle Adjani (la joueuse dans le film) opère immédiatement. On pouvait penser l’acteur irrémédiablement lié à sa Love story (1970) avec Ali MacGraw, mais notre frenchie fait ici mieux que se défendre. Le charme de l’accent anglais de l’icône française aidant. Dans Driver, le chauffeur et la joueuse au-delà de partager le vice d’une très cynique cupidité, sont en quelque sorte de la même race, quand elle décide d’emblée de l’innocenter (même si plus tard, on saura que…), alors qu’elle sait pertinemment que c’est lui. Immense clin d’œil par ailleurs au Samouraï (1967) de Jean-Pierre Melville.

© 1978 Twentieth Century Fox Film Corporation – STUDIOCANAL FILMS Ltd

L’atmosphère dans Driver est comme délicieusement pesante. Très vite, on prend le parti des voyous et pas des flics, car tous se situent dans une sombre ambiance, aucun ne semblant incarner une adhésion pour le spectateur, on préféra donc la classe et le glamour du chauffeur, aux méthodes intrusives si agaçantes du détective (le succulent Bruce Dern). En clair, les voyous ici sont un poème et les flics une prose médiocre et rébarbative.  Le film repose aussi lourdement sur l’élégance glaciale de son principal interprète, Ryan O’Neal, qui casse ainsi l’image de l’iconique Oliver Barrett IVème du nom, de Love Story. L’acteur incarne ici le détachement de celui qui est prêt à tout tant qu’il vibre au rythme du moteur qu’il fait hurler. Sa présence est très forte, et on en redemande. Isabelle Adjani évidemment elle aussi nous hypnotise et se rend inaccessible et gracieuse dans le rôle de la joueuse. S’il est surprenant de la retrouver au casting d’une telle œuvre, elle s’en expliquait fort aisément à l’époque : « J’ai trop entendu parler d’actrices qui s’étaient cassées le nez sur ces « méchants Américains » qui les avaient tournées en ridicule en en faisant un élément de folklore ! Alors, j’ai accepté ce rôle d’abord parce que ce n’est pas un rôle de française. »

© 1978 Twentieth Century Fox Film Corporation – STUDIOCANAL FILMS Ltd

Et comment ne pas citer Bruce Dern, dans le rôle du détective, qui s’avère parfait d’insuffisance et de prétention, dans le rôle du flic davantage passionné par lui-même que par l’idée de justice qu’il est censé incarner. Au final, Driver vaut plus pour son esthétisme de forme et ses courses poursuites originales et assez magistralement filmées, dans une mise en scène impeccable, et peut-être même assez avant-gardiste que pour l’intrigue, somme tout assez convenue. Mais clairement une version restaurée au regard de cette beauté plastique évidente ne manque pas d’intérêt au registre du plaisir de la salle et de l’expérience cinéma.

Titre original: THE DRIVER

Réalisé par: Walter Hill

Casting: Ryan O’Neal, Isabelle Adjani, Bruce Dern …

Genre:  Policier, Action, Thriller

Sortie le: 23 Août 1978

Reprise le: 23 Novembre 2022

Distribué par : Les Acacias

TRÈS BIEN

 

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