Donald Trump photographié en compagnie d’un célèbre mafieux de Philadelphie

Le cliché a été pris plus tôt au cours du mois de janvier, au club-house d’un terrain de golf appartenant à Donald Trump, mais il a été publié lundi. On y voit l’ancien président américain poser avec deux hommes dont une figure du crime organisé de la Côte est des Etats-Unis.

Trois hommes, dont Donald Trump posant fièrement au milieu. À sa gauche, un représentant d’un tout autre “milieu”: une personnalité majeure de la mafia de Philadelphie et d’Atlantic City, Joseph Merlino, dit “Skinny Joey” c’est-à-dire “Joey le maigre”. Le 45e président des Etats-Unis immortalisé en photo aux côtés d’un parrain du crime organisé, par ailleurs condamné par la justice à plusieurs reprises, voilà qui fait tache.

Mais l’entourage de Donald Trump l’a affirmé à la presse américaine, au moment de la diffusion de l’image lundi: Donald Trump ne savait pas à qui il avait affaire lorsqu’il a accepté de prendre la pose.

Merlino? “Connais pas”

Révélée lundi par le Philadelphia Inquirer, on ne sait pas avec précision quand la photo a été prise. Elle date toutefois du courant de ce mois de janvier, a affirmé le média américain. La scène s’est déroulée au club-house d’un terrain de golf que Donald Trump possède à West Palm Beach, dans sa Floride d’adoption. Joseph Merlino, tout sourire sur la droite du cliché, est aisément identifiable.

Et au vu de son pédigrée, les habitants de Pennsylvanie n’ont pas dû avoir de mal à reconnaître l’ancien parrain local. Décrit par le Philadelphia Inquirer comme “l’ex-leader d’un clan ayant fait preuve de violence lors de son ascension à la tête du crime organisé à Philadelphie et Atlantic City”, l’homme a d’abord été condamné pour racket en 2001. Les dix ans passés en prison consécutivement à cette sentence ne l’ont pas calmé puisque “Joey” a de nouveau été condamné en 2018, cette fois pour des faits liés à des jeux d’argent illicites. Il est libre depuis 2020.

Mais Donald Trump n’avait aucune conscience du casier de son compagnon de photo, du moins si on en croit son entourage. Mieux, il en ignorait jusqu’à l’identité. Son porte-parole s’est ainsi récrié devant la sollicitation formulée en ce sens par le Philadelphia Inquirer: “Le président Trump se fait sans arrêt photographier avec des gens, ça ne veut pas dire qu’il connaît chacune des personnes qui entre en contact avec lui”.

Un mafieux admiratif

S’il s’agit d’une bévue, elle contredit en tout cas l’efficacité des nouveaux protocoles mis en place par l’entourage de l’ancien chef d’Etat après que sa rencontre avec le suprémaciste blanc Nick Fuentes, en novembre, s’est étalée dans la presse. Forbes a détaillé la procédure: les collaborateurs du milliardaire sont censés examiner scrupuleusement le CV des individus prétendant approcher leur patron et un cadre de sa campagne pour la présidentielle 2024 doit veiller au maintien de cette vigilance.

Raté, négligence ou sentiment d’impunité, Joseph Merlino n’a pu qu’être ravi de passer entre les mailles de ce filet pour le moins relâché. En effet, le criminel a témoigné plusieurs fois de son admiration pour le chef d’Etat, comme l’a remarqué le Guardian.

En 2018, apprenant sa seconde condamnation et peu après que Donald Trump a fustigé ceux qui “retournent leur veste” quand son ancien avocat Michael Cohen s’est résigné à coopérer avec les enquêteurs cherchant à faire la lumière sur d’éventuels liens entre sa campagne de 2016 et la Russie, le mafieux a opiné. “Le président Trump avait raison. Il faudrait rendre illégal le fait de retourner sa veste”, a-t-il alors approuvé.

“Vous savez, à New York…”

Donald Trump n’a pas toujours nié ses attaches avec la pègre. Sa fréquentation d’Anthony Salerno, dit “Fat Tony” ou “le gros Tony” – l’un des mafieux les plus en vue de New York jusqu’à sa chute en 1988 et sa mort, en 1992 – est de notoriété publique. Le jeune magnat de l’immobilier l’a rencontré dans les années 1980 par l’entremise du sulfureux avocat Roy Cohn, comme le journaliste d’investigation Fabrizio Calvi l’a documenté dans son livre Un parrain à la Maison Blanche.

Surtout, Donald Trump a lui-même concédé la possibilité de ces liaisons dangereuses lorsque CBS lui demandait en 2013 s’il lui était arrivé de faire “sciemment des affaires avec le crime organisé”.

Le futur président avait alors répondu: “Vous savez, quand on est de New York et qu’on y fait ses affaires, on doit bien croiser l’un de ces personnages à un moment donné, mais en général je préfère garder mes distance avec ce genre d’individus”. Avant de poursuivre: “À l’occasion, j’ai rencontré quelques-uns d’entre eux. Il se trouve que ce sont des gens très gentils. Seulement, c’est mieux de ne pas leur devoir d’argent. Ne leur devez pas d’argent”.

À en juger par la mine de Joseph Merlino sur la photo, il ne semble en tout cas pas exister d’ardoise entre les deux hommes.

Robin Verner

Robin Verner Journaliste BFMTV