De “Soleil vert” à “Bones and All”… Les films de cannibales, un genre qui a la peau dure

“Bones and All”, la love story anthropophage signée Luca Guadagnino en salles cette semaine, illustre une nouvelle fois combien le tabou du cannibalisme a su traverser l’histoire du cinéma. Passage en revue de quelques films emblématiques.

Manger son prochain ? Regarder quelqu’un manger son prochain ? Le cinéma bis (Massacre à la tronçonneuse, de Tobe Hooper, 1974), les films grand public (Le Silence des agneaux, de Jonathan Demme, 1991) et l’art et essai (Ma Loute, de Bruno Dumont, 2016) se sont posé ces questions. Tous font la part belle à la dévoration de la chair humaine, sa peau et ses viscères. Du voyeurisme trash à la métaphore du consumérisme, ces films jouent avec les notions de sauvagerie et de civilisation (en référence à Montaigne : « Chacun appelle barbarie ce qui n’est pas de son usage »), ainsi que de sexualité et d’emprise, pour conserver tout leur trouble, voire leur caractère scandaleux.

Rares sont les films qui se sont attaché à la stricte exposition d’un drame réellement survenu, sans discours politique ou sociétal, comme Les Survivants, de Frank Marshall (1993), où les rescapés d’un crash aérien dans la cordillère des Andes, en 1972, ont été contraints par la faim à dévorer leurs semblables. Dans la majorité des cas, lorsqu’un fait historique est relaté, la parabole sur la déshumanisation qu’entraîne le cannibalisme est bien présente. En témoigne le très incisif Feux dans la plaine, de Kon Ichikawa (1960), qui évoque le calvaire, à la fin de la Seconde Guerre mondiale, des derniers soldats japonais aux Philippines, coupés des ravitaillements militaires, et poussés à se faire les dents sur les dépouilles de leurs frères d’armes.

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