dans les coulisses du marathon Shakespeare de Thomas Jolly

Un projet insensé. En juin, Thomas Jolly et ses comédiens d’Angers jouaient d’affilée “Henry VI” et “Richard III” : la tétralogie de Shakespeare en intégralité, soit vingt-quatre heures de théâtre ! Une aventure à retrouver dans une palpitante série documentaire en six volets.

H6R3… comme un code secret nous ouvrant la porte d’un univers. Et l’ultime déclinaison d’une aventure théâtrale hors norme commencée il y a treize ans par Thomas Jolly – qui vient de mettre en scène la reprise de Starmania et d’être nommé directeur artistique des cérémonies des JO 2024 – et sa bande de la Piccola Familia. Il s’agissait alors, en 2009, pour ces jeunes acteurs à peine sortis de l’école du TNB de Rennes de monter l’intégrale d’Henri VI, saga du jeune Shakespeare retraçant un règne plombé par la guerre des clans Lancastre et York. En 2014, la compagnie révélait enfin son marathon, monté comme un bouillonnant feuilleton au Festival d’Avignon. Un an plus tard, c’était la suite avec Richard III, dont Thomas Jolly lui-même portait le rôle dévorant. Or, en juin dernier, celui-ci a eu l’idée folle de rabouter les deux pièces dans un cycle (unique et ultime) de vingt-quatre heures dans la grande salle du Quai, le centre dramatique national d’Angers dont il était encore le directeur à l’époque. Depuis, la charge des JO l’a contraint à démissionner. La série documentaire retraçant cette aventure en six épisodes de 26 minutes sonne donc aujourd’hui comme un témoignage testamentaire de son aventure au Quai.

Le réalisateur Thomasz Namerla, guide en voix off, suit l’aventure pas à pas. Aucun détail ne lui échappe, depuis « l’exhumation » des trois cents costumes sentant la naphtaline presque un an avant jusqu’à la chaleur explosive d’un public enthousiaste le 5 juin 2022, à 10 heures du matin, après le clap de fin. Entre les deux moments, saute aux yeux l’immense boulot d’une cinquantaine de personnes accompli selon une méthode très collective, par des actrices et des acteurs prenant par exemple en charge une part de la technique. Certains sont nos « passeurs », comme Evelyne Frémont, qui raconte une grande partie de l’histoire. Et transmet avec générosité le rôle de la « rhapsode », inventé pour tenir le public d’Henri VI en haleine, à la jeune Clémence Boissé, à la fois heureuse et tétanisée. L’angoisse est d’ailleurs sensible chez tous les comédiens quand on les voit errer dans les coulisses avec leurs masques blancs, leurs défroques noires et leurs paillettes colorées, soutenant leurs pairs déjà entrés en scène.

Grâce au découpage astucieux du réalisateur, cette magnifique aventure portée avec ardeur par des interprètes qu’il faudrait tous citer – de Flora Diguet et Charline Porrone à Éric Challier, en passant par Damien Gabriac ou Pier Lamandé –, se révèle aussi délicieusement télégénique.


À voir
r H6R3, série documentaire de Tomasz Namerla, (6 × 26 mn). Sur France.tv à partir du 24 novembre.