critique sans charme sur Disney+

ONE WAY, NOT ANOTHER

Une seule réplique d‘Hocus Pocus 2 suffit à le résumerNouveau monde, même histoire“. Cette suite sortie directement sur Disney+ se contente de resservir les thématiques obligatoires dans ce genre de production infantile : le passage à l’âge adulte, l’amitié, les responsabilités et les relations familiales conflictuelles. Mais en plus de simplement régurgiter le même canevas de façon convenue et simpliste, le plus critiquable est de reprendre la structure narrative du premier volet à l’identique, par paresse plus que par hommage. 

Comme le premier long-métrage, le film s’ouvre sur une vue aérienne de la ville de Salem au 17e siècle avant de revenir dans le présent où les sorcières sont involontairement ramenées à la vie par des ados. S’en suit le même déroulé scénaristique entre leur chaumière transformée en musée, leur histoire devenue un mythe local, le sort qu’elles cherchent à jeter, leur livre magique vagabond et la couse poursuite durant la nuit d’Halloween qui permet de nombreux quiproquos. Le dernier acte a quant à lui simplement troqué le cimetière lugubre contre une forêt quelconque. 

 

Hocus Pocus 2 : photo Kathy Najimy, Bette Midler, Sarah Jessica ParkerMême dégaine, même rengaine 

 

L’humour ne fait que recycler les vannes du film de 1993, en les modernisant pour maintenir une illusion d’originalité. Pour ne prendre que ce seul exemple, le gag du balai Swiffer et des robots aspirateurs n’est ainsi qu’une variante du balai aspirateur d’Hocus Pocus qui provoque un rictus plus qu’un vrai sourire. Et si le premier opus n’était pas exempt de défauts, la suite les accentue un peu plus avec un casting encore plus chargé et un scénario qui ne prend toujours pas le temps de caractériser un minimum ses protagonistes (en particulier les deux amies accessoires de Becca). 

Même le gentil zombie Billy Butcherson n’a plus rien à apporter au récit – l’intérêt de son personnage reposant principalement sur un effet de surprise passé – et ne sort de sa tombe que pour cocher une case supplémentaire dans l’inventaire (comme le chat noir d’ailleurs). Hocus Pocus n’est donc qu’une autre photocopie sans âme d’un précédent succès que Disney tente de ressusciter.

 

Hocus Pocus 2 : photoPlus un easter egg qu’un personnage

 

DISNIAIS

Si la direction artistique du film renoue avec l’ambiance kitsch d’Halloween (en prenant même de l’avance sur le calendrier), le charme a du mal à opérer une seconde fois. Les actrices Bette Midler, Sarah Jessica Parker et Kathy Najimy sont toujours géniales dans leur rôle, qu’elles surjouent avec autant d’investissement et de plaisir, mais la technique manque de relief.

La réalisation et le montage auraient pu exacerber l’excentricité et l’hyperactivité des sorcières, mais la mise en scène reste plate et statique, la caméra ne faisant que filmer sans jamais participer à la narration ou à l’ambiance qu’on voudrait plus déjantée. Lorsque les sorcières montent (encore) sur scène pour envoûter le public, le moment musical qui en découle ne dégage aucune euphorie. Les chorégraphies sont minimalistes et le montage est basique, alors que la séquence s’annonçait pourtant plus ambitieuse avec une musique de Blondie entraînante et un passage en extérieur faisant appel à de nombreux figurants. 

 

Hocus Pocus 2 : photo, Sarah Jessica Parker, Bette Midler, Kathy NajimyUne séquence centrale qui manque d’énergie

 

Plus globalement, le spectacle annoncé n’est jamais tenu (ne serait-ce qu’avec la chanson écourtée à leur réapparition). Dépossédé de ses transformations abracadabrantesques, de ses enfants malicieux et de son filtre rétro, le film est plus terne et moins attendrissant. Hocus Pocus a donc du mal à gérer son héritage, le premier film étant par moments considérés comme un objet culte et méta (au point où un extrait passe à la télévision) alors que l’intrigue se repose continuellement sur ses événements que la ville entière semble occulter.

 

Hocus Pocus 2 : photoDes lambeaux de personnages

CHARMED

Le film a voulu moderniser son propos et faire des sorcières des anti-héroïnes, ce qui l’aseptise en grande partie. Le principe de casser la dichotomie entre protagonistes et antagonistes a peut-être bouleversé les codes du conte de fées (ou de sorcière en l’occurrence), mais ce qui était appréciable dans le premier volet était justement la méchanceté parfaitement gratuite des sorcières et leur folie innée qui n’était jamais questionnée.

En voulant justifier cette caractérisation, le film tente maladroitement de reprendre la figure de la femme indépendante conspuée par les hommes, mais sans renier celle de la vilaine sorcière à chapeau pointu qui mange des enfants, restant ainsi dans un entre-deux stérile d’un point de vue narratif ou idéologique. En conséquence, tout le monde est bête, mais plus personne n’est méchant. Le maire est un gentil bouffon, tout comme le petit-copain footballer ou le faux apprenti sorcier et aucun d’entre eux ont d’incidence sur le scénario (à part pour mettre l’intrigue en place). Winifred elle-même perd tout son mordant avec sa rédemption forcée. 

 

Hocus Pocus 2 : photoLe trio des Bermudes

Après avoir mis l’accent sur l’importance de la fraternité dans le premier film en rapprochant un grand frère de sa petite soeur, c’est donc la sororité qui se retrouve au coeur du scénario d’Hocus Pocus 2, mais l’exécution est trop superficielle et schématique, en particulier dans la scène d’introduction qui sert de rapide origin story. Hocus Pocus 2 est donc un film aussi inoffensif qu’insignifiant, qui ne propose que trois bouts d’idées à peine concrétisées.

Hocus Pocus 2 est disponible sur Disney+ depuis le 30 septembre 2022

 

Hocus Pocus 2 : affiche