Considrations sur le journalisme aprs l’interview ahurissante du porte-parole de l’ambassade de Russie en France sur BFMTV

Encore un entretien abracadabrant par BFMTV, comme il se doit, cette fois le 18/01/2023, avec Alexander Makogonov, porte-parole de l’ambassade de Russie en France. Âmes sensibles s’abstenir : ici, vous entrez dans une dimension où les règles de logique n’ont plus cours.

C’est l’ensemble de ce qui fait la pensée qui est baoufé par les journalistes de BFMTV, qui sont bien des journalistes (il n’y a rien à attendre de plus d’eux, ils ont toujours été comme ça, même si là, on bat des records).

Ce qui est dingue, c’est à quel point ils abandonnent totalement l’apparence même de l’impartialité. Là, on passe un cap. En réalité, cet entretien singe une scène où des représentants de l’OTAN s’engueuleraient avec un représentant de la Russie. Elsa Vidal, la nana qui bosse à RFI en langue russe, est hallucinante à ce niveau. Elle parle comme si elle était le bloc occidental, pas une journaliste. Elle prend fait et cause pour un coté. À ce point là, c’est dingue !

Nous ne sommes plus dans un cadre journalistique du tout ! La propagande fabrique une situation dont elle tire toutes les ficelles, y compris celles du réel qui n’a dès lors plus aucune importance. Dans un décor journalistique se tient une scène en réalité d’une toute autre teneur, qui consiste à mettre un représentant de la Russie en France en difficulté, à le crucifier et lui faire perdre pied devant des millions d’individus massifiés, coûte que coûte, quels que soient les arguments utilisés.

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Face à cela, les performances de Makogonov posent questions à certains commentateurs sur internet qui le trouve faible, comme submergé par l’illogisme de ses assaillants, ne parvenant pas à se dépatouiller de leur bêtise. Il est vrai que quand il se fait harceler sur Lavrov qui dit que l’occident appliquera la solution finale à la Russie, on aimerait l’entendre mieux défendre sa cause. Il aurait pu dire qu’effectivement, il suffit de regarder ce qu’il se passe avec les Ukrainiens, qui subissent un grand massacre au nom du capital financier occidental, pour comprendre que la Russie ne soit pas en pleine confiance, parler des expériences apparemment affreuses menées par des biolaboratoires occidentaux en Ukraine et ailleurs, des projets de partition de la Russie, etc. Certes.

Mais à bien y réfléchir, mettez-vous à sa place. Il est devant des millions de téléspectateurs (dont les 3/4 sont zombifiés), il parle au nom de la Russie en France, harcelé par une bande de hyènes toutes plus illogiques et méchantes les unes des autres, qui n’ont d’autre but que de le faire dérailler. Parce qu’en fait, on en est là : elles essayent juste de faire dérailler le représentant de la Russie en France devant les spectateurs ; il n’y a plus d’honnêteté intellectuelle, plus rien, juste de la méchanceté.

Ce que Makogonov doit réaliser à chaque fois qu’il rencontre ces hyènes est énorme. Et il n’a d’autre choix, lui, que de continuer à être logique dans ses démonstrations s’il veut convaincre une partie du public. Donc il est désavantagé : il doit suivre les règles de la logique quand les autres dingues racontent n’importe quoi, congédiant le réel parce qu’ils ont l’idéologie du système derrière eux. C’est affreux.

Et je trouve que Makogonov ne s’en tire finalement pas si mal. Il est d’ailleurs plus incisif qu’il y a quelques temps, ici par exemple quand il évoque ces russes venant aider la France pendant la Seconde Guerre Mondiale (épisode que je ne connaissais pas) et qu’il termine avec le nom du maréchal Leclerc. C’est bien vu. D’ailleurs, on sent un léger flottement chez les journalistes, qu’interrompt Elsa Vidal avec un visage qui frise l’hystérie. Une vrai cours d’école. Mais il faut garder en tête que Makogonov ne peut pas aller trop loin dans l’agressivité. L’ambassade de Russie a fait le choix de parler aux Français par BFMTV, elle doit en accepter certaines règles qu’elle ne contrôle pas. Comment ici ne pas penser à “La société du spectacle” de Guy Debord ?

On peut cependant questionner la pertinence du choix de l’ambassade d’envoyer son représentant dans un tel traquenard. Comment la position russe peut-elle atteindre clairement un public alors que les lois du cadre instauré par BFMTV sont là pour l’en empêcher ? Est-il pertinent d’aller entretenir l’audience d’une presse dont la fonction est de tromper le peuple français ? En termes de communication, quels bénéfices l’ambassade de Russie envisage-t-elle en envoyant ce pauvre Makogonov au charbon ? Les téléspectateurs peuvent-ils être touchés par un discours à ce point mutilé par les journalistes de BFMTV ? Difficile à dire mais à vue de nez, je dirais peu probable. Mais alors, que faire ? comme dirait l’autre ! Peut-être aller vers la presse alternative ? Avec les risques de stigmatisation que cela comporterait ? Mais puisque de toute façon, il est peu probable que la partie zombifiée de la population française adhère au discours de la Russie, pourquoi ne pas favoriser ou développer en parallèle la communication de l’ambassade avec ce type de presse ? L’ambassade de Chine semble explorer cette piste.

Accessoirement, je ne sais pas non plus combien de temps Alexander Makogonov va pouvoir tenir un tel boulot sans faire une dépression nerveuse.

Au-delà de ces considérations, l’accumulation de ce genre de tristes spectacles dans notre société, et la force avec laquelle ils frappent l’esprit des téléspectateurs n’indiquent rien de bon pour la suite des événements. Notre civilisation est en train de devenir complètement dingue. Pouvons-nous comprendre collectivement, dans ce qu’il reste de peuple Français, la gravité de l’indice qui est ici présenté ? L’incroyable effondrement moral et intellectuel qu’il exhibe ? En quoi il présage de grands désastres, de ceux qui font froid dans le dos ? Quand toutes les règles de logiques ont à ce point volés en éclats dans une société où tout dysfonctionne, nul n’est besoin d’être devin pour entrevoir des perspectives on ne peut plus catastrophiques ! Et il ne faudrait pas faire le lien avec le IIIèmeReich

Jacques Roure