Concert sur Twitch, métavers, podcasts immersifs… Les médias cherchent à se réinventer

« Vous serez acteurs et actrices de ce concert », annonce Pierre Lapin, animateur de l’émission « Laser Disc » de la chaîne d’Arte sur Twitch. À l’origine utilisée par les adeptes des jeux vidéo, qui y diffusent leurs parties en direct, cette plateforme s’est depuis ouverte à d’autres types d’émissions. Comme le premier concert virtuel interactif de la chanteuse pop Owlle, vendredi 16 septembre, attirant plusieurs milliers de spectateurs devant leurs claviers.

À l’écran, l’avatar d’Owlle apparaît. Photos et commentaires envoyés en direct par les viewers (téléspectateurs) sont intégrés dans les décors 3D, très réalistes, dans lesquels évolue le double de l’artiste. Et, à la fin du spectacle, les réactions enthousiastes ne se font pas attendre. De la part du public : « J’ai l’impression de voir un moment historique de Twitch », « Le concept est incroyable »… Comme de la chanteuse elle-même : « Si cela ne remplace pas le live, c’est une autre porte pour montrer ce que l’on crée, et cela permet un autre type d’expérience », explique-t-elle à La Croix.

Un nouveau lien au public

De tels contenus immersifs et interactifs permettent aux médias traditionnels de viser « un nouveau public, souvent jeune, adepte de nouvelles expériences pour se démarquer de son entourage », explique David Medioni, directeur de l’Observatoire des médias de la Fondation Jean-Jaurès. Mais aussi de renouer le lien avec leurs utilisateurs habituels, distendu par le manque de confiance ou la fatigue informationnelle.

« Ces médias se remettent en question, et veulent adopter les codes très spécifiques de ces récents moyens de diffusion », détaille encore David Medioni. Des canaux en pleine expansion : en France, le nombre d’utilisateurs simultanés de Twitch est passé de 70 200 en février 2020 à 133 315 en août dernier, selon le site Twitch Tracker.

Des investissements considérables

En février, Arte avait déjà organisé un premier concert en direct, cette fois-ci dans le monde virtuel et immersif du métavers. « Nous investissons beaucoup d’efforts éditoriaux, intellectuels et financiers pour aboutir à ces expériences artistiques », Daniel Khamdamov, directeur de l’unité arts et spectacles d’Arte.

En plus d’investir les plateformes numériques, les médias traditionnels misent aussi sur les podcasts, qui connaissent un boom d’utilisation depuis la crise sanitaire, passant de 94,6 millions de productions françaises écoutées ou téléchargées dans le monde en février 2020 à 183 millions en juin 2022, selon Médiamétrie.

Alors, pour se démarquer sur ce marché grandissant, les radios cherchent à innover et à immerger l’auditeur dans le récit. Avec une technologie spécifique : le son binaural, une méthode de captation et de lecture 3D du son, qui donne l’impression d’une écoute réelle. « Radio France travaille dessus depuis les années 1970, explique Frédéric Changenet, ingénieur du son au pôle innovation de Radio France. La nouveauté, c’est la démocratisation de ces moyens d’écoute : avant, ces productions n’étaient destinées qu’à un public restreint, pour des diffusions ponctuelles. »

Immersion bluffante

Dans ce secteur, France Culture caracole parmi les radios les plus créatives. « Leur méthode est celle du test and learn, ils essaient des concepts et voient ce que cela donne », souligne David Medioni. Une approche « très américaine », qui leur permet de « connaître leur public et d’apprendre à maîtriser ces nouvelles techniques de radio ». Comme pour leur nouvelle création en son binaural, Construire un feu d’Octave Broutard, diffusée le 11 septembre.

Inspiré de la nouvelle de Jack London, ce podcast transporte l’auditeur dans les forêts glacées du Yukon, avec les voix de l’acteur Richard Bohringer et de la comédienne amateur Sarah Lefèvre. Une partie de l’enregistrement s’est déroulée dans la neige et des filtres binauraux ont été ajoutés au montage, pour créer un univers propre. Résultat, une immersion bluffante, qu’on écoute le podcast sur une enceinte ou au casque. « Le défi, c’est que tout le monde profite de l’expérience, peu importe la qualité de son matériel d’écoute », insiste Frédéric Changenet.

Pour l’auteur Octave Broutard, il s’agit enfin de bousculer les habitudes des auditeurs. « Nous consommons couramment du son stéréo, et là, par la spatialisation, nous entendons une voix derrière, devant, en haut, en bas… On n’est plus sur la voix d’un narrateur au centre de l’histoire, cela surprend, et la surprise, c’est cela qui est intéressant ! »

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D’autres rendez-vous

Sur Twitch : « Le Talk », par Franceinfo. Tous les jours à 18 heures, la journaliste Manon Mella revient sur une question d’actualité et répond aux interrogations des viewers, avec plusieurs intervenants.

« Pastek », par France Inter. Tous les jeudis de 13 h 30 à 15 heures, Tanguy Pastureau et Alex Vizorek proposent avec humour une revue de presse, invitant une personnalité du monde de la culture.

Podcast immersif : « Ouessant, le vent et son sang », sur radiofrance.fr. Octave Broutard et Céline Ters signent une enquête haletante sur les raisons qui ont poussé Pascal Gosselin à mettre le feu à plusieurs bâtiments d’Ouessant, avant de se suicider.

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