Comment limiter l’empreinte carbone de la Route du Rhum?

La 12e édition de la Route du Rhum prendra le départ ce dimanche de Saint-Malo. Au cœur du débat cette année, la pollution générée par l’événement. Une tribune a été publiée par plusieurs acteurs de la voile pour dénoncer l’impact écologique de leur sport. De son côté, l’organisation tente de mener des actions pour limiter son emprunte carbone.

145.000 tonnes de CO2 rejetées dans l’atmosphère pendant la Route du Rhum, c’est ce qu’avait révélé le bilan carbone d’OC sport, organisateur de l’événement en 2018. A quelques jours du départ de l’édition 2022 à Saint-Malo, le sujet est sur la table. Et dans les têtes. “La voile est un sport propre par essence, les bateaux avancent grâce au vent et à l’énergie solaire donc on peut se dire que ce n’est pas polluant. Sauf que ce qu’il y a derrière les constructions des bateaux ou en marge de l’événement est beaucoup plus polluant”, constate Michaël Ferrisi, fondateur d’Ecolosport, média spécialisé sur les questions d’écologie.

70% des émissions de gaz à effet de serre concernent en effet les transports des visiteurs; sur la totalité de l’événement, ils sont près d’1 million. Mais forte affluence signifie animations. Un village de 70.000m2 a pris place pour 12 jours à Saint-Malo.

“Les événements créés en marge de la course polluent plus que la course elle-même, ajoute l’écologiste. En plus de ça il y a la construction de nouveaux bateaux. Ils utilisent des matériaux de type carbone qui sont polluants”. Sur cette édition, ils seront 138 à prendre le départ, dont 36 bateaux neufs construits pour l’occasion et libérant près de 9.500 tonnes d’équivalent CO2. 

Une Tribune publiée pour dénoncer l’impact écologique de la Voile 

“Nous pratiquons un sport magnifique mais il est déraisonnablement polluant et élitiste”, dénonçaient les plus grands noms de la voile dans une tribune publiée par le journal l’Equipe le 9 octobre dernier. Un texte signé par 88 personnes, rédigé en partie par Stanislas Thuret, qui prendra pourtant le départ de la Route du Rhum ce dimanche 6 novembre. “J’ai moi-même construit un bateau neuf, donc je ne suis pas parfait. Mais si on attend que tout le monde soit parfait avant de communiquer, on ne fera rien”, s’est justifié le marin de Concarneau.

Dans leur tribune, les skippers proposent plusieurs solutions: réinventer les villages de course afin de toucher le plus grand nombre avec un impact minimal ou encore organiser des courses qui reviennent au port de départ pour limiter les transports en avion. “Aujourd’hui les skippers ont pris conscience de l’urgence, ils sont confrontés directement au réchauffement climatique lorsqu’ils sont en mer. Avant, certains balançaient leurs déchets par-dessus le bord pour alléger leurs bateaux, aujourd’hui les mentalités ont évolué.”

Limiter les déplacements, utiliser des matériaux biosourcés  

Pour tenter de limiter son impact environnemental, la Route du Rhum met en place des actions. “Ils ont notamment annoncé un partenariat avec la SNCF, avec Stadium Go pour le covoiturage avec pour objectif de limiter les émissions de gaz à effet de serre générés par les déplacements”, illustre Magali Tezenas, directrice de Sporsora, organisation qui regroupe de nombreux acteurs de l’économie du sport et notamment de la voile.

L’organisation a également augmenté le nombre de bornes de recharge des voitures électriques et des parkings à vélo afin de favoriser la mobilité douce. Sur les matériaux utilisés pour les bateaux, certains skippers ouvrent la marche. En effet, Stanislas Thuret et Roland Jourdain utilisent en partie du lin dans leur nouveau voilier afin de limiter le carbone. Des initiatives soutenues par les organisations comme Sporsora insiste la directrice: “Il y a énormément de pistes d’évolution. Récemment nous avons aussi Banque populaire qui a mené des actions de sensibilisation autour de l’écologie. Le sport est un vecteur de communication essentiel pour sensibiliser la population sur ces sujets.” 

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