Comment les plateformes de cinéma indépendant tentent de survivre face aux géants du streaming

Mise en vente de Salto, fin de BrutX et Lionsgate+ en France, le marché du streaming connaît de nombreuses crises. Pour l’instant, les plateformes de cinéma indépendant résistent, mais ne sont pas à l’abri de secousses.

Les nuages sombres s’accumulent au-dessus des acteurs du streaming. Les plus célèbres – Netflix, Amazon…- doivent augmenter leurs tarifs pour rester rentables. En France, Salto, la plateforme de diffusion de replays, de films et contenus exclusifs de TF1, M6 et France Télévisions doit à tout prix trouver des nouveaux actionnaires pour ne pas disparaître.

Et ce n’est pas le seul à subir un échec dans l’hexagone. BrutX misait sur des séries et des documentaires mais la formule payante n’a pas conquis l’audience et s’arrêtera à la fin de l’année. La liste s’allonge avec Lionsgate+ qui a annoncé la fin de son service en France, quelques mois seulement après son lancement.

Face à ces géants, des plateformes plus confidentielles de cinéma indépendant semblent, elles, tenir le choc, mais leur équilibre reste fragile à cause de la volatilité des abonnés et de la multiplication des services de streaming.

Les plateformes de films indépendants comme Universciné ou La Cinetek proposent aux cinéphiles des films d’auteurs français et internationaux et des grands films qu’il faut avoir vu. Universciné compte 29.500 abonnés et propose, comme LaCinetek, des modèles d’abonnement et un système de location de films à la carte. De son côté, LaCinetek mise sur ses 2000 films.

Et pour Denis Rostein, directeur général d’Universciné, les échecs des gros acteurs s’expliquent de la manière suivante: “Salto, BrutX, sont des médias gratuits qui décident de faire du payant, l’audience n’a pas forcément suivi. Il faut convertir les investissements en abonnés. Il s’agit donc d’un problème de modèle”.

Surabondance des offres

Ainsi, des plateformes comme Salto ou BrutX, ne faisaient pas directement concurrence à Universciné ou LaCinetek en termes de contenus. “Nous sommes une offre de complément aux grosses plateformes”, précise Denis Rostein. Pour Jean-Baptiste Viaud, directeur général de LaCinetek, les plateformes de “ciné indé” résistent mieux “car elles se distinguent dans leurs propositions. A LaCinetek on s’intéresse au cinéma de patrimoine, nous ne nous diffusons pas de films sortis avant 2010”.

Les échecs des grosses plateformes interrogent tout de même les plateformes de cinéma indépendant et inquiètent notamment sur deux aspects: la volatilité des abonnés et la multiplication des plateformes de streaming. “Il y a tellement d’offres de streaming que les abonnés ne savent plus quoi choisir et ne veulent pas cumuler des abonnements. Si une nouvelle saison de Game Of Thrones sort, des abonnés vont délaisser Universciné pour Amazon Prime Video”.

Et le secteur du cinéma indépendant français n’échappe pas non plus à la multiplication des offres avec de multiples services comme FilmoTV, Mübi, MK2 Curiosity, pour ne citer qu’eux. “Il y a beaucoup de propositions pour un seul segment, nous avons déjà eu des discussions entre nous sur des fusions ou des rachats”, reconnaît Denis Rostein.

La crise sanitaire a aussi été source de complications. Et Jean-Baptiste Viaud, de compléter: “il y a eu une période d’opportunité durant les confinements, puis un tassement et une chute. Depuis on se demande où sont les spectateurs car ils ne sont pas non plus en salle”. L’inflation est aussi pointée du doigt par les deux directeurs car le divertissement n’est pas la priorité pour de nombreux Français.

Denis Rostein craint que les gros acteurs ne renforcent la concentration du marché; Canal+ pourrait racheter des parts dans Salto. Le directeur général table aussi sur le fait que des géants comme TF1 et M6 aient quitté Salto pour proposer un service de vidéo à la demande gratuit, qui là, pourrait faire concurrence à toutes les plateformes de streaming y compris les indépendantes.

Pour le directeur de LaCinetek, le streaming même indépendant est un marché “en constante évolution. Il est donc très difficile de se projeter, il faut donc continuer de miser sur une offre très éditorialisée et une expérience personnalisée pour chaque utilisateur”, conclut-il.