ce qu’il faut savoir si vous allez voir le film du Puy du Fou

Vaincre ou mourir
Tamalet Christine Vaincre ou mourir

Tamalet Christine

Hugo Becker a endossé le rôle, et la tenue, de François Athanase Charette de La Contrie, célébre général vendéen et héros du Puy du Fou.

CINÉMA – Ni historiquement factuel, ni complètement fictionnel, Vaincre ou mourir est à l’image du Puy du Fou : un entre-deux flou au message résolument politique. En salles mercredi 25 janvier, il s’agit du premier long métrage produit par Puy du Fou Films. Fort de ses 2,3 millions de visiteurs en 2022, le parc vendéen créé par Philippe de Villiers se lance dans le cinéma.

Inspiré du spectacle phare du parc, Le Dernier Panache, Vaincre ou mourir raconte l’épopée de François-Athanase Charette de La Contri, dit « Charette », pendant la Guerre de Vendée. C’est l’acteur français Hugo Becker (Au service de la France, Baron noir) qui interprète le général royaliste dans sa bataille contre les républicains.

À l’origine, le projet était un documentaire fiction pour la télévision, ce qui explique le style un peu particulier du film (la voix off de Hugo Becker est par exemple omniprésente pendant 1h55). Co-réalisé par Paul Mignot et Vincent Mottez, qui a notamment travaillé sur « Secrets d’histoire » (France 3), Vaincre ou mourir donne le ton sur les intentions de la nouvelle société de production.

Pour Nicolas de Villiers — le fils de Philippe de Villiers désormais à la tête de l’entreprise familiale —, le message de Puy du Fou Films est le même que celui du parc : « célébrer la grandeur française ». Vaincre ou mourir a d’ailleurs été filmé sur le site du Puy du fou, avec ses chevaux et ses décors. Les musiques sont signées Nathan Stornetta, le compositeur du parc, et de nombreux bénévoles ont participé au tournage.

Une revisite de l’histoire à la sauce Puy du Fou

Le film démarre par l’intervention de trois historiens face caméra, dont le controversé Reynald Sécher, qui soutient la thèse d’un « génocide » vendéen dans ses livres. Ils servent de caution au récit qui « s’inspire de faits réels », selon le dossier de presse. Dès le début, la frontière entre documentaire et fiction est brouillée. Une stratégie déjà utilisée dans les spectacles du parc.

Il y a quelques mois, le HuffPost avait interrogé Pauline Ducret et Guillaume Lancereau, les coauteurs du livre Le Puy du faux, à ce sujet. S’ils ne voient aucun problème à ce que le Puy du Fou se lance dans le 7e art, les deux historiens avaient mis en garde contre l’idéologie politique diffusée par le parc, et par extension dans ses films.

« C’est un geste culturel très différent de celui qu’il y a dans des jeux sur l’histoire, dans les films et séries Netflix ou Apple », explique Guillaume Lancereau. « Ce n’est pas nouveau d’avoir des dégradations de la vérité historique ou des anachronismes dans la production culturelle. La différence c’est vraiment le caractère politique de cette entreprise culturelle là ».

La communication de Puy du Fou Films n’aborde jamais la question de la politique directement. Selon Nicolas de Villiers, leur démarche est de « célébrer la part lumineuse de notre histoire, la mettre au service d’un cinéma grand spectacle, familial, à portée internationale ». Mais la part de l’histoire en question est la même que celle soutenue par l’extrême droite. Philippe de Villiers avait d’ailleurs publiquement soutenu Éric Zemmour à l’élection présidentielle 2022.

Vaincre ou mourir
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De nombreux bénévoles du Puy du Fou ont participé au tournage du film « Vaincre ou mourir », tourné sur le site du parc vendéen.

L’empire s’agrandit

« Ce qui nous inquiète, c’est la puissance du discours politique et surtout d’un discours politique qui ne s’assume pas », développe Pauline Ducret. « Ça ne peut pas être compté dans un temps de parole puisqu’on nous dit ’mais non, on ne fait que s’amuser c’est du divertissement’». Guillaume Lancereau s’alarme lui de la « monopolisation du divertissement historique » par le Puy du Fou « qui en a les moyens » et s’en sert pour véhiculer certaines idées.

Les moyens en disent d’ailleurs long sur l’idéologie promue par le film. Vaincre ou mourir a été produit « avec le soutien » de Canal+, qui appartient à Vincent Bolloré, proche d’Éric Zemmour et de Philippe de Villiers. Et il est distribué par Studiocanal mais aussi par SAJE, qui est spécialisée « dans la distribution de films d’inspiration chrétienne et/ou destinés à un public familial ».

Pour Guillaume Lancereau, cette influence ne fait que commencer : « Entre les versions internationales du Puy du Fou et la production audiovisuelle, on commence à avoir une série de ramifications dans le domaine de la production culturelle qui va paraître écrasante et pour le coup, assez préoccupante. »

En 2021, un parc Puy du Fou España a ouvert à Tolède en Espagne, sur le même modèle que le parc français. Un autre parc « SAGA Shanghai » doit être lancé prochainement en Chine, et la création d’un spectacle inspiré de l’histoire du peuple Cherokee aux États-Unis a été annoncée. Et en 2023, « Le Grand Tour », un voyage en train de six jours dans l’esprit du parc, va démarrer. Même si Vaincre ou mourir n’atteint pas son objectif de 100 000 spectateurs, l’épopée du Puy du Fou est déjà assurée.

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