Belles montres et voitures de course, une histoire de mécaniques

Publié le 23 sept. 2022 à 6:04

Plus d’un siècle et demi déjà, que le monde de l’automobile et celui de l’horlogerie vibrent à l’unisson. Une croisée des chemins qui n’a jamais rien eu de surprenant, au regard des liens étroits et des savoir-faire respectifs de ces deux univers. Encore aujourd’hui les collaborations fleurissent entre constructeurs et amateurs de belles mécaniques, jouant du goût de la sportivité, de la technologie et du luxe. Une tradition ancrée dans l’imaginaire collectif et dont l’on peut remonter le fil dès le XVIIIe siècle, à l’heure où les horlogers fabriquaient d’imposantes montres dites « de calèche », évitant aux petits marquis d’arriver en retard à leurs rendez-vous. Une association qui s’est esquissée avec davantage de précision au fil des années : dès la création des premières automobiles, une horloge orne ainsi le tableau de bord, fournie notamment par Jaeger-LeCoultre dès le début du XXe siècle. Depuis, les partenariats se succèdent, au gré de collaborations lucratives qui ont tout particulièrement jalonné ces derniers mois.

Echange de technologies

Illustration par l’exemple avec la Richard Mille RM UP-01, en collaboration avec le constructeur star de Maranello, Ferrari. Une montre qui scelle le partenariat entre l’horloger et la scuderia italia tout en s’offrant au passage le plus convoité des records, celui de la montre la plus fine du monde : 1,75 mm d’épaisseur soit à peu près l’étoffe de deux cartes de crédit. A l’intérieur de cette fine carrure, bat un calibre mécanique d’une épaisseur de 1,18 mm pour un poids de 2,82 g. C’est de l’assemblage du mouvement et du boîtier que naît la solidité de l’ensemble, chacun assurant la rigidité de l’autre. Coté performance, « la montre répond aux mêmes critères d’exigences que tous nos autres modèles » précise Salvador Arbona, le directeur mouvement chez Richard Mille. Plus qu’une « concept watch », le modèle produit en 150 exemplaires en édition limitée a aussi pour vocation de renforcer les échanges techniques entre les deux maisons, autant dans le choix des matériaux que du design.

La Richard Mille RM UP-0, la montre la plus fine du monde, et Charles Leclerc, pilote vedette de Ferrari et égérie de la manufacture.

La Richard Mille RM UP-0, la montre la plus fine du monde, et Charles Leclerc, pilote vedette de Ferrari et égérie de la manufacture.©DR

Car ces partenariats se forgent aussi autour de nouveaux objectifs : si l’association entre deux marques prestigieuses a évidemment son importance, les transferts de technologies sont devenus également très prisés. On ne compte plus les matériaux issus de la compétition automobile que l’on peut retrouver dans la conception des boîtiers de montre ou des composants du mouvement. Certaines maisons allant même jusqu’à fabriquer des bracelets en gomme de pneus de course Pirelli, à l’instar de Roger Dubuis, ou des cadrans conçus à partir d’un capot en aluminium d’Aston Martin DB5, à l’image d’Atelier Jalaper. Car dans les deux univers, la recherche de matériaux alliant la dureté et la légèreté est primordiale. Et tout particulièrement en haute horlogerie où l’infiniment petit se doit d’être aussi extrêmement solide.

Parfois ces collaborations naissent aussi d’une évidence, à l’image des montres TAG Heuer issues du partenariat avec Porsche. Il faut dire que les deux marques partagent une histoire commune et surtout le nom légendaire de Carrera. Trois productions attendues ont déjà été dévoilées, avec une édition spéciale chronographe en février 2021, une série limitée sportive – Carrera x Porsche – éditée à 1.500 exemplaires en mars 2022 et plus récemment encore l’arrivée en collection d’un modèle connecté avec calibre E4. Ici, la montre communique avec la voiture en donnant de précieuses indications à son propriétaire tels que l’autonomie, le niveau de la batterie ou encore le statut du châssis. Et en permettant même le contrôle de la température intérieure. Quant à la lunette en céramique, celle-ci s’inspire d’un compteur de tableau de bord, tout en affichant des informations comme le rythme cardiaque, les pas journaliers et les calories en pourcentage.

La TAG Heuer Connected Calibre E4 - Porsche Edition dont la lunette s'inspire d'un compteur de tableau de bord.

La TAG Heuer Connected Calibre E4 – Porsche Edition dont la lunette s’inspire d’un compteur de tableau de bord.©DR

Le volet esthétique n’est bien sûr pas oublié : sur les trois modèles, on retrouve évidemment le logo du constructeur allemand et un bracelet cuir qui reprend la couture sellier des voitures de sport. Même clin d’oeil visuel chez Bell & Ross et Alpine F1 Team : tous les ans, la manufacture propose en effet une nouvelle montre qui s’inspire de la monoplace de l’écurie. La dernière en date se nomme A522, en référence au nom de l’actuelle Formule 1 en course. Conçu comme un compteur de voiture, l’instrument qui embarque un calibre automatique reprend l’identité chromatique de l’écurie et arbore le célèbre « A » du logo Alpine sur le balourd de la trotteuse bleue. Pour autant, Bell & Ross garde l’esprit qui a fait son succès : boîtier carré et cadran rond d’une extrême lisibilité.

Bell & Ross propose tous les ans une nouvelle montre qui s'inspire de la monoplace Alpine. Ici la BR 03-92 A522.

Bell & Ross propose tous les ans une nouvelle montre qui s’inspire de la monoplace Alpine. Ici la BR 03-92 A522.©DR

D’autres références issues de l’univers automobile connaissent également l’engouement des amateurs. C’est le cas avec le célébrissime – et très recherché – Cosmograph Daytona de Rolex qui reprend le nom d’une célèbre course américaine, ou encore avec la Reservoir Kanister, une montre à minutes rétrogrades avec heures sautantes et indicateur de réserve de marche qui s’inspire du compteur de la fameuse Porsche 356 Speedster. Un récent succès commercial qui impose aujourd’hui aux collectionneurs de s’inscrire en ligne sur une liste d’attente.

De la F1 aux courses vintage

Jongler entre les codes des deux maisons, tout en affirmant son héritage respectif, tel est aussi le défi de ces partenariats qui s’expriment certes au poignet, mais aussi sur le bitume. En effet, les courses de véhicules historiques ne sont pas en reste au royaume de « l’horlogerie automobile ». La plus célèbre des associations est certainement celle de Chopard et des Mille Miglia, la légendaire épreuve italienne qui relie chaque année Rome à Brescia. Il faut dire que Karl-Friedrich Scheufele, le coprésident de Chopard, est collectionneur de voitures anciennes et pilote gentleman driver. On comprend mieux pourquoi l’édition 2022 est un chronographe de course dont la précision est certifiée par le très sérieux Contrôle Officiel Suisse des Chronomètres (COSC).

La Chopard Mille Miglia 2022 Race Edition, certifiée COSC, célèbre l'association de la manufacture horlogère avec la légendaire épreuve italienne.

La Chopard Mille Miglia 2022 Race Edition, certifiée COSC, célèbre l’association de la manufacture horlogère avec la légendaire épreuve italienne.©DR

Qui dit précision au volant dit aussi facilité de lecture instantanée, qui plus est sur route ouverte ! De fait, le cadran – logoté 1000 Miglia à gauche de la date – est très contrasté et les aiguilles surdimensionnées sont cerclées d’un bleu vif qui fait écho à la fine lunette tachymétrique. Côté visuel, la montre est pourvue d’un bracelet en cuir perforé qui conserve au verso la signature de la collection : la sculpture en caoutchouc d’un pneu Dunlop Racing des années 1960. Reste que constructeurs et horlogers ont toujours une longueur d’avance, avec cette question définitivement d’avenir : et si l’avènement de l’automobile électrique donnait enfin ses lettres de noblesse aux montres connectées ?

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