au Salon des maires, Bionatics déploie ses solutions innovantes sur le patrimoine numérique

Joël Reboul, vice-président Smart territoires chez Bionatics, a pris ses quartiers au Salon des maires de Paris depuis son ouverture le 22 novembre. Le dirigeant vient présenter les nouvelles solutions de son entreprise, spécialisée dans la modélisation des territoires depuis vingt ans.

Installée à Montpellier, Bionatics a développé une gamme de logiciels et de plateformes numériques permettant, grâce à la visualisation 2D/3D, « un accès simple, compréhensible par tous, des multiples enjeux d’un territoire de façon durable, souveraine et éthique ».

Car les fondateurs de Bionatics en sont persuadés : les territoires faisant face à de multiples défis, les outils numériques, s’ils sont accessibles, peuvent leur permettre d’améliorer la compréhension des enjeux et des solutions à déployer.

De la modélisation des plantes à celle des villes

Au départ de Bionatics se trouve un transfert de technologie du Cirad sur la modélisation 3D de la croissance des plantes pour les marchés de l’environnement, du divertissement et des simulateurs…

« On en a fait des paysages, puis des villages et des villes, sur la base des sources de données IGN, des données en open-data des services de l’Etat, des systèmes d’informations géographiques (SIG, ndlr) des collectivités ou des opérateurs d’électricité, de gaz, d’eau ou de télécom, explique Joël Reboul. Aujourd’hui, Bionatics fait de la smart-city en proposant des maquettes 3D pour ceux qui font de l’aménagement de territoires. Nos solutions permettent de montrer à quoi ressembleront les aménagements mais ce sont surtout des outils d’aide à la décision. En général, les experts travaillent en silo et cette maquette numérique leur apporte une vision d’ensemble du projet. »

Depuis quinze ans, Bionatics commercialise donc Landsim3D, un logiciel qui automatise les processus de modélisation des villes et des paysages à partir de données géo-spatiales. Dans cette maquette numérique, les éléments d’un projet sont simulés et les informations stratégiques cartographiées, et les acteurs du territoire peuvent comparer les variantes possibles et leurs évolutions dans le temps.

Parmi les clients l’ayant adopté figurent la Métropole du Grand Lyon, la Ville de Cayenne, la Ville de Plessis-Robinson, le bailleur social Reims Habitat, la Métropole de Clermont-Ferrand, la Ville de Caen, la Ville de Courbevoie, l’ONF, l’Etablissement public d’aménagement de Saint-Etienne ou Chartes Métropole.

Ethique et sobriété technologique

Il y a un an, au Salon des maires 2021, Bionatics avait présenté deux nouveaux outils numériques : les plateformes Smart4life et Vivr’Ici.

« La plateforme Smart4life est destinée aux bailleurs sociaux, producteurs d’énergie ou gestionnaires de l’eau ou des déchets, pour faire de la gestion du territoire en constituant un patrimoine numérique, et Vivr’Ici est la même plateforme mais avec un packaging spécifique pour les collectivités, ce qui leur permet de travailler sur la qualité de l’eau ou de l’air, les nuisances sonores, la pollution, le trafic routier, les commerces, les écoles, etc. »

Vivr’Ici compte aujourd’hui 62 modules fonctionnels, comme les consommations électriques d’un bâtiment, les données des logements vacants, la croissance démographique, le référencement de la végétation, ou la concertation citoyenne. Pour ce dernier module, Bionatics s’est appuyé sur les outils (sites web mais aussi outil de concertation citoyenne) développés par l’entreprise Inexine, basée à Sommières (Gard) et qu’elle a rachetée en 2021.

Prônant la sobriété technologique, Bionatics s’est inscrite dans une approche durable et frugale qui sollicite la technologie dans une mesure raisonnée et donc respectueuse de l’environnement : « Nous utilisons une technologie basée sur le low-code no-code pour toutes nos solutions, et nous sommes en train d’intégrer une blockchain pour sécuriser les échanges de données… L’objectif de notre démarche, c’est la constitution d’un patrimoine numérique éthique, durable, et s’il n’y a pas besoin de 3D, par exemple, on n’en met pas ».

Accessible pour tous les territoires

Les plateformes sont, depuis, entrées dans leur phase de commercialisation.

« Quand on parle smart-city, on parle surtout de métropole, alors que certains territoires plus petits sont en détresse, souligne Joël Reboul. On s’est donc donné une mission : que nos outils numériques soient une force accessible aux territoires laissés pour compte. Nous combattons la course à l’armement technologique qui fait que la smart-city soit réservée à l’élite ! Pour les territoires ruraux, nous amenons la solution. Et pour les métropoles, qui fonctionnent avec plein d’experts en silos, nous apportons une couche de simplification qui donne une vue d’ensemble. »

Sans donner le nom de la collectivité, Joël Reboul évoque l’exemple d’une communauté de communes en zone rurale au nord-est de Dijon (près de 50 communes, 21.000 habitants) : « C’est un territoire rural qui avait peu de données et en silo, c’est à dire éparpillées… Vivr’Ici lui a permis d’infléchir sa stratégie : par exemple, elle avait pour projet de construire nouveau quartier dans un bois alors qu’il existait un quartier avec des logements vacants car en détresse énergétique. A l’usage de Vivr’Ici, elle a décidé d’abandonner la création d’un nouveau quartier au profit de la rénovation du quartier ancien en rasant et reconstruisant ».

Le patrimoine numérique des lycées franciliens

Bionatics vient par ailleurs de signer, avec la Région Ile-de-France, un contrat pour la plateforme Smart4life, comprenant une innovation contributive.

« Cette plateforme Smart4life est un Lego, explique Joël Reboul. Pour ce contrat avec la Région Ile-de-France, c’est une plateforme 3D collaborative. C’est nouveau car nous impliquons les forces vives du territoire pour participer à des projets de modélisation et d’enrichissement de la plateforme. Cela se traduira par des contributions sur des petites taches qui permettront de constituer le patrimoine numérique. Et on ne fait pas du numérique pour faire du numérique : pour une Région qui gère plus de 400 établissements, cet outil n’est pas une coquetterie ! La Région est déjà très en avance sur la digitalisation mais avec Smart4life, elle pousse l’ambition plus loin pour augmenter la précision et la dynamique de mise à jour… Elle va pouvoir solliciter la contribution des agents au lieu de faire appel à des prestataires. Pour l’instant, la collectivité se focalise sur les lycées, mais à terme, il faut imaginer qu’elle pourrait ajouter la photo d’une façade, compter le nombre d’arbres dans la cour d’un établissement scolaire, décrire des aires de jeux, sélectionner dans une liste le matériel de sport et fitness disponibles en libre accès, indiquer où est l’arrêt de bus, etc… Il s’agit de mettre le numérique au service du réel et non l’inverse ! L’objectif est de permettre aussi que cette vue numérique du territoire la plus proche possible du réel permette d’imaginer des aménagements. »

Si ce contrat est significatif pour Bionatics, « c’est parce que le cœur de notre stratégie, c’est de faire du collaboratif et du participatif avec les citoyens, et la prochaine étape, ce sera de faire de l’inclusif… », indique Joël Reboul.

Il y a deux ans, le groupe Nexity est monté au capital de Bionatics en tant qu’actionnaire minoritaire, aux côtés des fondateurs Stéphane Gourgout et Michel Murail. L’entreprise emploie aujourd’hui une vingtaine de personnes.

Bionatics sélectionée par la Cleantech Vallée

Bionatics fait partie des entreprises sélectionnées pour intégrer la nouvelle promotion du CleanTech Booster, initié par la Cleantech Vallée dans le Gard, et suivre son programme d’accélération axé sur la transition écologique et la décarbonation du territoire.

« La crise énergétique rebat les cartes, et les collectivités sont en quête de solutions, déclare Joël Reboul. Le mouvement Cleantech nous intéresse car nous sommes complètement impliqués dans la transition écologique, la préservation de l’environnement étant notre ADN. La Cleantech Vallée a été fondée par EDF, BRL, Enedis et les territoires (des communautés de communes, NDLR) et nous trouvons ce mix très pertinent pour réfléchir aux prochains outils des gestionnaires de ressources. »