«Athena» sur Netflix : pourquoi c’est le grand film de la rentrée

L’annonce d’une bavure policière, des jeunes d’une cité qui déclarent la guerre à la police et des CRS à l’assaut d’un quartier transformé en forteresse… Trois ans après « les Misérables » de Ladj Ly, « Athena » de Romain Gavras (coécrit avec Ladj Ly, justement) met en scène un conflit entre des jeunes de banlieue et les forces de l’ordre. Mais le film, disponible sur Netflix ce vendredi, commence là où s’arrêtait « les Misérables » : par la déclaration de guerre qui embrase la cité.

Pendant une heure trente-sept, il enchaîne les plans-séquence, impressionnants, ponctués par les bagarres, les tirs de feux d’artifice, de mortiers et de lanceurs de balles de défense. Et il plonge le spectateur en apnée dans ce conflit porté par des comédiens éblouissants (Dali Benssalah, Ouassini Embarek, Anthony Bajon et la révélation Sami Slimane).

Dans ce récit, comme dans « les Misérables », Gavras montre les forces en présence dans la cité : les jeunes, les familles, les fidèles de la mosquée, la police et quelques militants d’extrême droite. Le réalisateur se défend pourtant d’avoir réalisé un film « sociologique ». « L’idée, c’est de s’appuyer sur du réel mais de le sublimer dans la mythologie, explique celui qui avait déjà signé Notre jour viendra et le Monde est à toi. Le long-métrage a l’ambition de dépasser le fait divers franco-français et d’avoir une portée symbolique, intemporelle. »

« Athena » a été pensé comme une tragédie grecque. Au cœur de la guerre, Gavras place quatre frères, dont le plus jeune est mort et les trois aînés se déchirent, et il les filme « comme s’ils étaient Russell Crowe dans Gladiator ». « On a tourné en IMAX, ce qu’on utilise pour les grands espaces, parce que cela héroïsait les personnages et rendait les décors encore plus impressionnants. On voulait rester dans le cinéma classique, pas faire de cinéma vérité avec une caméra au poing », détaille le réalisateur, qui a choisi pour son projet une musique d’opéra, une cité qu’il a ornée de créneaux comme un château fort et des scènes de combats épiques, visuellement époustouflantes…

« Athena » a d’ailleurs nécessité un « bon budget pour une production française », que seul Netflix pouvait lui offrir, assure Gavras.

« Le même mécanisme était à l’œuvre dans la guerre de Troie ou dans la guerre en Irak »

Le long-métrage met en cause l’extrême droite, qui exacerbe les tensions entre les jeunes et la police, mais selon le réalisateur, l’enjeu est de parler de la guerre « en général ». « En ce moment, en France, ceux qui poussent à la guerre civile, c’est l’extrême droite, estime Romain Gavras. Mais le film raconte surtout comment la guerre est toujours le résultat d’un mensonge et d’un piège tendu par certains. Le même mécanisme était à l’œuvre dans la guerre de Troie ou dans la guerre en Irak, que le secrétaire d’État américain Colin Powell avait justifiée en brandissant une fiole d’anthrax en 2003. » Et en Ukraine ? « On ne pourra analyser qu’a posteriori quelles forces avaient intérêt à cette guerre », estime le cinéaste.

Si Romain Gavras est fasciné par la tragédie, c’est, selon lui, parce qu’il a été nourri à la mythologie grecque. « Quand j’étais petit, je n’avais pas le droit de regarder des Walt Disney, se souvient le fils du cinéaste franco-grec Costa-Gavras. J’étais abreuvé d’histoires tragiques : celle d’un jeune homme qui tue son père, épouse sa mère et se crève les yeux, celle d’une femme qui mange ses enfants… J’ai développé un imaginaire très symbolique et cela a énormément influencé mes films et même mes clips. »

Par le passé, le réalisateur a été critiqué pour des clips à la violence jugée « gratuite » ou « esthétisante », comme celui de « Stress » du groupe Justice, dans lequel une bande de jeunes sème la terreur sur son passage, ou celui de « Born Free » de M.I.A., qui commence par une descente musclée de soldats dans un immeuble et s’achève par des exécutions sommaires.

Ne craint-il pas les mêmes reproches à propos d’« Athena » ? « En France, on a encore l’idée que la Nouvelle Vague, c’est nouveau, commente Romain Gavras. Dès qu’il y a une recherche visuelle, on peut trouver ça vulgaire ou too much. Moi, j’adore l’image et j’adore le symbolisme. »

La note de la rédaction :

« Athena », drame français de Romain Gavras, avec Dali Benssalah, Sami Slimane, Anthony Bajon… (1h37).

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