« Athena », sur Netflix, fait de la cité une zone de guerre

Dans « Athena », de Romain Gavras, la cité est filmée comme une citadelle antique assiégée.

Cofondateur en 1994 de l’association Kourtrajmé, qui œuvre à diffuser la pratique du cinéma auprès des populations qui n’y ont pas accès, Romain Gavras, fils du cinéaste et président de La Cinémathèque française Costa-Gavras, poursuit par ailleurs une activité de réalisateur de clips et de films publicitaires, ainsi qu’une œuvre de fiction. Il est, à ce dernier titre, l’auteur de trois longs-métrages réalisés en l’espace de douze ans. Après Notre jour viendra (2010), radicalisation des Valseuses façon bréviaire de la haine de deux dingues qui tapent sur tout ce qui bouge, puis Le monde est à toi (2018), comédie noire faisant son miel de la bêtise crasse de ses protagonistes, on découvre aujourd’hui Athena, produit et diffusé par la plate-forme Netflix à compter du vendredi 23 septembre.

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Le film, qui fait d’une cité le théâtre d’une insurrection armée après que la police y a causé la mort d’un adolescent, renoue avec une tradition du cinéma français qui court de La Haine (1995), de Mathieu Kassovitz, aux Misérables (2019), de Ladj Ly, en passant par Ma 6-T va crack-er (1997), de Jean-François Richet, et Dheepan (2015), de Jacques Audiard. Coécrit précisément avec Ladj Ly, Athena est de tous ces titres celui qui tire le plus loin la pelote vers le film de guerre. On n’y retrouvera pas, hélas, cette profondeur, tant des personnages que des sentiments à l’œuvre dans Les Misérables, qui permettait au spectateur d’en comprendre les déchaînements de violence.

C’est une cause inverse que défend Romain Gavras, qui semble vouloir se situer, comme souvent, dans un au-delà du principe de causalité, dans un état de colère et d’exaspération qui est là d’emblée parce que, nous laisse-t-on supposer, les digues auraient cédé depuis longtemps. La violence d’abord, donc, la réflexion ensuite, s’il reste de la place. Le film défini comme un bâton de dynamite. La mèche est la mort d’un jeune tué par la police. Le cadre est celui de la cité Athena. La référence est celle de la tragédie classique, avec les trois frères du défunt qui incarnent chacun une réponse supposément générationnelle à la mort de leur cadet.

Ivresse spectaculaire

Moktar (Ouassini Embarek), l’aîné, est un dealer cocaïné jusqu’à la moelle qui ne se soucie que de lui et fait régner la terreur dans la cité. Abdel (Dali Benssalah) a choisi la voie de l’intégration et est devenu soldat. Karim (Sami Slimane), le benjamin, prend, quant à lui, la tête de l’émeute menée par les plus jeunes. Ces trois-là se croiseront à divers moments du film pour en déterminer les avancées et les bifurcations. Mais sous ces oripeaux, on sent bien que la chose qui intéresse Romain Gavras est le stade de l’explosion, soit la mise en scène de l’action pure et l’esthétisation de la violence. Lesquelles donnent lieu à des morceaux de bravoure. L’invasion liminaire du commissariat par des jeunes organisés façon commando. La cité filmée comme une citadelle antique assiégée par la masse sombre des forces de l’ordre. Les courses-poursuites dans les dédales. Les pétages de plombs récurrents.

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