Arnaud Pourredon, un jeune entrepreneur en croisade contre les faux médicaments

Arnaud Pourredon, CEO et cofondateur de Meditect, à Paris, le 26 avril 2022.

Il a deux « uniformes ». Le boubou du quotidien et la tenue occidentale de start-upeur qu’il porte lorsque nous le rencontrons à Paris à l’occasion d’une de ses rares visites commerciales. Il a aussi deux nationalités, celle d’origine, française, et depuis quelques semaines une toute nouvelle, ivoirienne, qui le rend heureux « et très fier ». Arnaud Pourredon, 26 ans, destiné un temps à la médecine de santé publique, a choisi de donner plus de sens à son existence en luttant contre les faux médicaments en Afrique avec les armes de son époque : l’intelligence artificielle et la blockchain, une technologie qui permet de stocker et de transmettre des informations de manière transparente et sécurisée.

Difficile d’expliquer, dans une vie encore courte, ce virage à 90 degrés. Lui date sa première prise de conscience de son voyage au Népal de 2015. Alors étudiant en médecine à Bordeaux, il participe à une opération humanitaire après les terribles séismes de cette année-là. Il découvre sur place « la catastrophe des faux médicaments, qui provoquent chaque année, selon l’Organisation mondiale de la santé, près d’un million de morts, mais aussi une multitude de malades gravement atteints », raconte-t-il. Il constate aussi l’impuissance des médecins quand ceux-ci voient des pharmacies vendre de faux produits sans en avoir conscience. Ce sujet le préoccupe toujours l’année suivante alors qu’il fait un stage hospitalier à Arusha, en Tanzanie. La qualité des médicaments « n’est pas garantie », dit-il. En 2017, un voyage en Bolivie toujours en stage à l’hôpital finit de le convaincre. « Là-bas, j’ai découvert les circuits parallèles de faux médicaments en ligne, la part sombre d’Internet, le dark Web », explique-t-il.

Riposte entrepreneuriale

Sa décision est prise. Armes contre armes, c’est avec des moyens numériques qu’il va imaginer une riposte entrepreneuriale, créer une application à destination des pharmaciens afin que ceux-ci puissent identifier les faux médicaments. « C’est une manière d’avoir un impact potentiellement sur des centaines de millions de personnes », explique-t-il pour justifier cette décision, prise au grand dam de sa mère. Celle-ci a eu bien du mal à comprendre que son fils se détourne d’un avenir tout tracé, après avoir réussi son concours d’entrée du premier coup, sans prépa privée. Avoir été élu un des innovateurs de l’année de moins de 30 ans par la prestigieuse université américaine du MIT en 2019 ne suffit toujours pas à la rassurer. Encore aujourd’hui, il reconnaît lui dire qu’un jour, peut-être, il terminera ses études pour enseigner la médecine de santé publique.

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