Après 25 ans d’activité, cette célèbre brocante de la Côte d’Azur ferme ses portes et brade son stock

Un moulin à café qui sent la nostalgie. Une malle qui a des kilomètres au compteur. Un panneau signalant ce qui a été. Caverne d’AliBaba, temple des histoires en pagaille, Troc en stock s’apprête à baisser le rideau. Et ce, au grand dam des collectionneurs n’hésitant pas à traverser le département pour chiner au nord d’Antibes. “Depuis quelque temps, nos clients fidèles viennent et nous grondent parce que l’on va fermer “, sourit Rinaldo Barcacci, 66 ans, qui a ouvert ce hangar en mai 1998 avec son épouse Denise. “C’était une reconversion dans notre passion. Avant, on travaillait dans l’industrie, on fabriquait tous les deux de l’appareillage électronique pour l’armée. ” Rejoignant le bataillon des amoureux de la trouvaille, le couple partage son amour des objets. En prolongeant la vie des outils, instruments et autres machines, ils font la nique à l’obsolescence programmée. Donnant raison à Lavoisier: ici rien ne se perd, tout se transforme.

Catherine Deneuve, Sosno ou Gabriel Byrne

Comme cette incroyable pompe à essence de 1925 montée sur… un char romain. N’y voyez pas là un caprice de gladiateur, mais une réponse pratique: “Le char permettait d’amener au bord de la route la pompe pour servir les clients et de la rentrer le soir une fois le service terminé.” Des anecdotes croustillantes se cachent sur les étagères, entre les cimaises.

Parmi les clients de choix, on trouve notamment l’artiste Sacha Sosno, Catherine Deneuve – “une femme charmante qui collectionne” – ou encore l’acteur d’Usual Suspects Gabriel Byrne. Le 7e art justement. Un chapitre important pour ces archéologues du contemporain.

“On a beaucoup travaillé pour le cinéma. Lors d’un tournage, il y avait une scène de déportation avec des gens qui allaient prendre le train, on nous a acheté quarante valises. On a travaillé avec certains décorateurs de film, dont certains ont eu des César.” En spectateurs avisés, les époux ne se font pas berner: “On ne regarde pas un film normalement, sourit le gérant. On se dit toujours: là, le décorateur il a merdé, cette lampe pour les années soixante ça ne marche pas.”

Il n’y aura plus d’endroit comme celui-ci

L’expérience parle. Mais ils le reconnaissent: au début, ils ont fait des erreurs de débutants. “On travaillait beaucoup avec des professionnels pointus dans certains domaines comme la céramique, le design… Comme on ne connaissait pas tout, on a vendu des choses dix fois moins que ce qu’elles ne valaient vraiment…” C’est comme ça qu’on apprend. C’est aussi le charme du métier: continuer à s’étonner, à découvrir.

Histoire de débarrasser le plancher en beauté, la famille liquide à moitié prix toute sa marchandise au 150 voie Tripodi.

Dernière ligne droite avant la retraite: “On a un pincement au cœur quand on sait qu’il n’y aura plus d’endroit comme celui-ci.” Eh oui, le métier a bien changé avec Internet. Les brocantes qui ont pignon sur rue deviennent bien rares… Si les fidèles sont toujours présents, la passion semble en perte de vitesse selon ces pros: “Je ne conseillerai pas aux jeunes de se lancer dans ce métier, c’est devenu compliqué…

Et pourtant, il y en a de belles choses à emporter dans son panier. “ Des collectionneurs nous ont montré des collections incroyables. Il y a des choses on ne s’imagine même pas…

On n’en saura pas plus. Parce que la confidentialité est une chose qui ne se marchande pas.

Et du coup: que compte faire le couple, maintenant que la seconde moitié quitte son activité? “On va voyager, faire de la peinture, visiter des musées et… chiner. Parce que ça, c’est une maladie.