Apollo 10 ½ – Les fusées de mon enfance : la merveille oubliée de Netflix

Dans une surprenante digression d’une cinquantaine de minutes, narrée par la douce voix de Jack Black, le cinéaste dresse méthodiquement la liste de tout ce qui faisait le quotidien de la classe moyenne américaine dans les années 1960. On connaît les luttes sociales et raciales, l’émergence du mouvement hippie, les feuilletons diffusés à la télé et l’incroyable musique produite, on se souvient moins de la nourriture, des piscines trop chlorées et de tous ces jeux de cour de récré un peu trop dangereux auxquels pouvaient s’adonner les élèves. Au milieu de scènes euphoriques, la mort est omniprésente : des pick-ups qui roulent à 110 km/h avec des enfants sans ceinture de sécurité, d’innocentes balades à vélo derrière des camions qui pulvérisent de l’insecticide. C’est ce mélange d’indolence et de gravité qui a toujours fait le sel du cinéma de Richard Linklater et qui trouve ici une nouvelle forme grâce à l’animation. On nage dans Apollo 10 ½ comme dans un rêve à moitié éveillé, traversant les images avec une insouciance rare dans le cinéma américain, sans jamais pour autant se délester d’un regard critique. 

Cette incapacité à installer concrètement des situations sur le long cours aura de quoi désarçonner de nombreux spectateurs, elle retranscrit pourtant toute l’émulation du moment. Une période imparfaite où la croyance en un futur de toutes les révolutions, technologiques comme sociétales, suffisait à aller de l’avant. Et tout ceci, Richard Linklater le condense en un peu moins de cent minutes. Oui, vous pouvez libérer ce soupir de soulagement. Trop souvent on a vu de grands cinéastes s’étendre dans des productions Netflix qui s’apparentaient à des cartes blanches, sans producteur à bord pour poser des limites et couper des scènes forcément dispensables. 

Ici, Apollo 10 ½ semble cocher toutes les cases de ce qu’on pourrait rêver d’un film de plateforme : quelque chose qui ne guette pas l’efficacité permanente pour être sûr de garder l’attention du spectateur intacte mais qui privilégie des émotions plus ambivalentes, s’autorise à faire du hors piste et à ne pas dérouler simplement un programme de péripéties. “Du vrai cinéma, quoi”, pourrait-on asséner de façon simpliste et narquoise. Préférons plutôt nous enchanter de voir l’un des cinéastes américains les plus sous-estimés briller une fois encore, offrant au petit écran le spectacle émouvant et solaire qu’il mérite. À l’approche de l’été, on ne peut que s’en réjouir.

Apollo 10 ½ : Les fusées de mon enfance, écrit et réalisé par Richard Linklater, avec Glen Powell, Zachary Levi et Jack Black, 1h38, sorti le 1er avril sur Netflix.

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