Ambiance far-west chez les loueurs de tours de télécoms

Les tours de télécoms ne sont pas de simples pyramides de métal. Elles sont devenues un vrai business. Ces dernières années, pour récupérer de l’argent frais et plaire à leurs actionnaires, les opérateurs télécoms ont vendu, souvent très cher, leurs pylônes à des sociétés spécialisées, à qui ils versent par la suite des loyers pour avoir le droit d’y installer leurs antennes. Le métier n’offre pas une grande rentabilité à court terme, mais il est peu risqué et extrêmement prévisible. Les opérateurs signent des baux de long terme, de quinze à vingt ans. Ainsi sont nées ce que les Anglo-Saxons appellent des towercos, des sociétés d’infrastructures devenues incontournables dans le déploiement des réseaux 4G et 5G. En France, sur les 30 000 pylônes de téléphonie mobile répartis sur le territoire, seuls 3 % appartiennent encore en propre aux opérateurs. Quatre grands acteurs se partagent l’Hexagone : l’espagnol Cellnex, numéro un européen ; l’américain ATC ; et les français TDF et Totem (filiale d’Orange).

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Mais la manne attire de nouveaux acteurs, comme Valocime ou Telecom Invest. Ancien de Bouygues Telecom et de FPS, une towerco vendue en 2016 à ATC, Frédéric Zimmer, le fondateur de Valocime, connaît la force de ce métier, mais aussi son point faible : les towercos sont généralement locataires des terrains sur lesquels le pylône est érigé. Valocime propose ainsi aux propriétaires des terrains de leur racheter le bail qu’ils ont signé avec la towerco, en leur promettant un loyer doublé. Une fois le bail arrivé à échéance, Valocime, désormais nouveau locataire du terrain, propose à la towerco un deal assez simple : soit elle lui revend son pylône, soit c’est l’expulsion.

Démonter des pylônes et des antennes

Valocime peut alors signer de nouveaux baux avec les opérateurs télécoms, à des loyers plus intéressants pour eux. « Nous remettons de la concurrence dans le système, au profit des propriétaires des terrains et des opérateurs télécoms. C’est un rééquilibrage de la manne dont bénéficient les towercos », explique Frédéric Zimmer, pas mécontent de son coup. Valocime dit avoir engagé environ trois cents assignations d’expulsion et a saisi l’Autorité de la concurrence en juillet pour abus de position dominante des towercos.

Evidemment, les sociétés de tours enragent et alertent sur les conséquences de ce petit jeu. Car, pour ne pas se faire déborder, les towercos n’ont qu’une solution : démonter leurs pylônes et leurs antennes pour les réinstaller un peu plus loin. Avec les surcoûts et les pertes de temps que cela suppose. Et, dans l’intervalle, les abonnés n’ont plus accès au réseau. Le cas de l’antenne de Heiligenberg en Alsace, démontée par TDF en mai, a fait grand bruit : Orange et Free ne peuvent plus couvrir la zone. « Les pouvoirs publics doivent s’emparer du sujet pour l’intérêt général, car cela fait peser un important risque de perte de couverture », alerte Vincent Cuvillier, président de l’Ofitem, l’association française des towercos, et directeur général de Cellnex en France. Environ deux mille sites seraient à risque en France. Mais les autorités ont peu de pouvoir, car tout repose sur des baux de droit privé.

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