Alice Pol : « J’adorerais jouer la méchante dans James Bond »

Publié le 23 sept. 2022 à 6:06

Quelle relation avez-vous avec nos voisins anglo-saxons ?

Paris m’a toujours semblé plus guindé que Londres. J’ai eu de la famille en Grande-Bretagne et donc l’occasion d’y voyager. J’ai toujours trouvé ce peuple drôle et fin. On souligne volontiers l’humour britannique. Je préfère parler de « fantaisie ». Par ailleurs, je vis entourée d’animaux. Or j’ai l’impression que les Britanniques ont cultivé avec les animaux un rapport très différent du nôtre. Là-bas, ils sont des rois.

Au cours de votre adolescence, dans les années 1990, la France voit déferler des films britanniques : « The Full Monty », « Trainspotting », « Quatre mariages et un enterrement »…

Je les adore ! J’ai surtout été marquée par « Billy Elliot » de Stephen Daldry. C’est l’histoire d’une trajectoire et d’un personnage qui va s’élever. La scène de la fin, avec ce père qui voit son fils s’élancer, me bouleverse. « Billy Elliot » nous parle du droit de rêver, du droit d’y arriver. Jeune actrice montée à Paris, la bande originale de ce film m’a longtemps accompagnée, dans les moments difficiles comme dans les moments de joie.

« Benny Hill » est-il un plaisir coupable ?

Ah oui ! Rien que la musique : soudain, il n’y a plus de limite ! C’est un humour qui renvoie à l’enfance. Pourtant la Grande-Bretagne est un pays dur. On sent par exemple les inégalités immenses qui séparent Londres et la province. Et à la mort de la reine, on voit tout le monde se rassembler. De loin, cette image nous touche aussi.

Alice Pol, à Paris, en 2020.

Alice Pol, à Paris, en 2020.© Magali Delporte/SIGNATURES

Les cours d’anglais, c’était un plaisir ?

Ils ne m’ont légué que le douloureux souvenir des verbes irréguliers. Ma grand-mère a voulu me faire travailler l’anglais, je suis allée dans son appartement à Marseille… pour m’apercevoir qu’elle était encore plus nulle que moi !

Si on vous propose d’être la prochaine James Bond Girl…

J’adorerais ! Surtout le rôle de la méchante… qui a une tête de gentille. J’aime tout ce qui fait rêver. C’est le cas de James Bond, même si l’actualité ressemble de plus en plus à un James Bond.

James Bond lui-même devient plus sombre.

Je suis de la génération de « GoldenEye », le James Bond de ma jeunesse était Pierce Brosnan. J’aimais son second degré, cette façon de frimer en ayant l’air d’assumer son côté « con ». Mais Daniel Craig l’a fait évoluer de façon audacieuse. Il a créé un autre personnage tout en restant le même. Cet équilibre dans le renouvellement assure la continuité d’une saga qui épouse les époques.

Un peu comme la famille royale…

Et comme la famille royale, James Bond invente un monde à part, avec ses drames et cette fantaisie britannique. Un monde pour s’évader.

Être au jury d’un festival, c’est un plaisir ?

Oui… mais ce n’est pas toujours facile. Au quotidien, je vois beaucoup de films français. Aussi, dans les festivals j’aime surtout découvrir des films lointains, m’ouvrir à d’autres cultures. Ensuite, juger les oeuvres, ce n’est pas ce que je préfère. Généralement, j’en reviens à des considérations émotionnelles basiques : est-ce que le film m’emporte ?

Là, tout de suite, qu’est-ce qui vous ferait le plus plaisir ?

Qu’on retourne cinquante ans en arrière et qu’on nous offre à nouveau le temps de réagir au réchauffement climatique, à la guerre… à ce qui nous arrive aujourd’hui. Et j’aimerais que l’on se sente utile pour ne pas être malheureux.

Propos recueillis par Adrien Gombeaud

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