ADR : Les équipementiers, partenaires clés de la durabilité dans le secteur automobile

Favorisée par l’essor des nouvelles technologies, l’émergence du véhicule du futur transforme l’industrie automobile. Souvent décrit par l’acronyme CASE – pour Connecté, Autonome, Partagé et Electrique – ce véhicule devra également être beaucoup respectueux de l’environnement. Pour les constructeurs, cela se concrétise d’ores-et-déjà par l’impossibilité de vendre des voitures neuves équipées de moteurs thermiques dès 2035 en Europe. L’impératif de durabilité touche cependant tous les acteurs de la filière. Dans le seul domaine de l’habitacle, on constate déjà une évolution des matériaux utilisés. Cependant – et c’est une bonne nouvelle – les équipementiers concernés peuvent encore aller plus loin pour concilier préservation de l’environnement et compétitivité.

 

La durabilité des véhicules implique de repenser les matériaux utilisés dans leur habitacle

 

D’après une étude de Frost & Sullivan, le marché du cuir alternatif et des tissus de haute technologie durables devrait atteindre 120 milliards de dollars d’ici 2025.

 

Dans l’habitacle, les tendances du modèle CASE orientent la demande vers des matériaux plus légers pour optimiser les performances de la batterie et l’autonomie des véhicules électriques. Elles jouent aussi en faveur de surfaces interactives et tactiles, capables de répondre aux exigences de connectivité et d’interfaces hommes-machines.

 

Les attentes des consommateurs impactent tout autant les matériaux utilisés. Les matières pouvant être facilement désinfectées répondent par exemple aux nouvelles sensibilités des clients post COVID-19. Celles qui permettent une personnalisation plus poussée des modèles et une amélioration notable de l’expérience de conduite séduiront la clientèle haut de gamme et luxe.

 

A ces évolutions s’ajoutent désormais les préoccupations environnementales des automobilistes. Ils attendent des matériaux recyclables, propices à une économie circulaire. Face à des clients de plus en plus préoccupés par l’origine et le processus de fabrication des produits – y compris le traitement éthique des animaux – les constructeurs automobiles recherchent des matières dont la production requiert moins de produits chimiques, utilise moins d’eau et génère moins d’émissions de CO2.

 

Au niveau des sièges automobiles et de l’habitacle, on voit par exemple chez certains constructeurs le développement de substituts au cuir, telles que le cuir synthétique (également connu sous le nom de similicuir), ou d’alternatives haut de gamme, adaptées à une production en grand volume. Les marques de luxe en font un argument de vente, en particulier celles qui commercialisent des véhicules électriques. Depuis 2017, Tesla a ainsi fait le choix de ne proposer que des garnitures sans cuir. Autre exemple, Mercedes utilise en substitution des textiles fabriqués à partir de fibres d’eucalyptus ou issus du recyclage de vieux vêtements et de bouteilles plastiques.

 

Les équipementiers peuvent également optimiser les quantités de matière utilisées

 

Au-delà du choix des matériaux composant l’habitacle, la durabilité demande également aux équipementiers de porter une attention particulière à la consommation de matière et aux rebuts. En se dotant des solutions technologiques adéquates, les fabricants de sièges peuvent typiquement améliorer l’empreinte environnementale et la productivité des salles de coupe où sont découpés les textiles et les cuirs qu’ils utilisent.

 

Le premier progrès possible consiste à minimiser au maximum – voire à supprimer – les zones tampon entre les pièces à découper pour réduire les déchets de tissu ou de cuir. Pour ce dernier, il existe par exemple des équipements de découpe numérique qui intègrent des scanners et des systèmes optiques pour analyser la qualité des peaux et limiter le nombre de pièces perdues en raison d’un défaut d’aspect. En outre, l’automatisation et l’optimisation du placement des pièces à découper permet d’économiser jusqu’à 7% de matière par rapport à un processus manuel.

 

De même, l’utilisation d’équipements plus performants et des nouvelles technologies – comme l’internet des objets, l’intelligence artificielle, le cloud et le big data – rendent possible une digitalisation de l’intégralité des processus de la salle de coupe. Grâce à l’utilisation des données de production qui en découlent, les opérations peuvent être mieux préparées, mieux planifiées et mieux analysées.

 

Outre des gains évidents en matière de productivité (ils peuvent atteindre 10%), cela permet également une réduction non négligeable des matières consommées. Sont concernés non seulement le textile ou le cuir découpé pour les sièges et les autres composants des habitacles, mais aussi les consommables nécessaires à cette découpe.

 

Sous l’effet conjugué du modèle CASE et des défis économiques et environnementaux actuels, l’écosystème automobile aura de plus en plus besoin de solutions durables pour l’ensemble de la chaîne de valeur. Parallèlement à la réduction des émissions de CO2, la bonne gestion des matériaux utilisés jouera un rôle central pour assurer sa durabilité à long terme. A l’échelle de l’habitacle, l’industrie ne peut pas compter uniquement sur l’évolution des matières privilégiées. Grâce aux nouvelles technologies et à une meilleure utilisation des données de production, les équipementiers peuvent aussi améliorer l’efficacité de leurs propres processus de fabrication et limiter les consommations de matière. En répondant aux demandes des clients comme des constructeurs, ils ont ainsi l’opportunité de confirmer leur place stratégique au sein de la chaîne de valeur.

 

Tribune rédigée par Nicolas Favreau, Responsable de la stratégie marketing automobile, Lectra

 

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