«À Dinard, j’ai trouvé que le cinéma anglais était moins pleurnichard que le nôtre!»

INTERVIEW – Président du jury de cette 33e édition, l’humoriste et comédien livre ses impressions sur une sélection qu’il juge «d’une grande qualité.» Un peu jaloux, il se demande même «ce qu’on attend en France pour faire ce type de films…»

De notre envoyé spécial à Dinard

Au premier étage du Grand Hôtel de Dinard, sur la terrasse qui donne sur la mer, José Garcia savoure un moment de répit avant la projection suivante. Telle est la vie d’un président de jury, au cœur de la 33e édition du festival du film britannique de Dinard. Succédant à Bérénice Bejo, le fringant humoriste et comédien de 56 ans aura la tâche délicate de départager six longs-métrages venus d’outre-Manche pour le plus grand plaisir des festivaliers. Disponible, décontracté, passionné, l’ex- trublion de Canal+ au côté d’Antoine de Caunes, se montre souriant et affable, visiblement ravi de sa présence en Bretagne.

LE FIGARO. – Qu’est-ce que cela vous fait de vous retrouver président du jury d’un festival comme celui de Dinard?

José GARCIA. – Cela faisait longtemps que je pensais passer par ce festival, et notamment à chaque fois que je tournais un film dans la région. Alors, quand on m’a proposé de succéder à Bérénice Bejo, j’ai sauté sur l’occasion.

Quelle a été votre première réaction?

Ma première pensée a été de me dire que j’allais me faire plaisir. J’adore le cinéma britannique. J’admire le travail des acteurs anglais. Ils possèdent une finesse de jeu incroyable et ont l’originalité de tenter des choses que nous ne nous permettons pas. Parfois, cela me ramène à mes débuts d’acteurs. En les regardant jouer, qu’il s’agisse d’Emma Thompson, de la jeune Emma Mackey, de Benedict Cumberbatch, de Colin Farrell ou de Brendan Gleeson, et de plein d’autres comédiens formidables, cela me renvoie ce qui a déclenché ma vocation d’acteur.

Quel fut le déclic pour vous?

Ho! Je m’en souviens très bien. Ma vocation d’acteur est née le soir où j’ai garé le camion de l’armée que je conduisais à l’époque de mon service militaire. Il ne fallait pas que je manque le premier jour au cours Florent. Je rentrais de manœuvres. Nous revenions de Fontainebleau et je venais de déposer des troupes à la caserne. Il fallait que je rende le camion, mais je me suis dit: «Tant pis, j’y vais!» J’ai garé le camion vert kaki, et son imposante tourelle, au milieu de la place Censier, et j’ai débarqué au cours Florent en treillis militaire! Ils ont cru à une rafle… Mais je sais que lorsque j’ai ouvert la porte, en découvrant cette salle de spectacle dans la pénombre, vide, avec cette scène éclairée et tous ces apprentis comédiens qui discutaient, j’ai alors pensé : «C’est là!» C’est ça que je veux faire. J’ai eu des papillons dans le corps. Presque trente ans plus tard, c’est toujours là… Ça s’accroche!! Et c’est tant mieux.

Que pensez-vous de la sélection de cette 33e édition?

Franchement, nous avons une chance insolente. Avec les membres du jury et les professionnels présents sur place, nous nous sommes fait cette même remarque. Depuis le début du festival, la qualité des films que nous voyons est assez exceptionnelle. Là, nous sommes vraiment dans l’excellence. Lors de la cérémonie d’ouverture, j’ai évoqué ce terme qu’emploient les Anglais: «Brilliant!». Hé bien, je pense que cette sélection 2022 l’est. Et à plus d’un titre. À chaque film, nous entrions dans la salle sans savoir véritablement à quoi nous attendre. Et nous sortions époustouflés par l’intelligence du film, le travail de mise en scène, la direction d’acteur, le montage. Je ne sais pas comment étaient les autres éditions, mais cette année, nous sommes très gâtés. Nous sortons de chaque film avec un moral au beau fixe, revigorés par la puissance des films proposés… J’avoue que j’éprouve un peu de jalousie même! Qu’est-ce qu’on attend en France pour faire ce type de films?!

Selon vous, quelle différence y a-t-il entre le cinéma français et le cinéma britannique?

Ce dont j’ai pris conscience, c’est que les films anglais ont cette manière exquise de sortir des situations les plus graves par un pied de nez. Ils ont le chic pour trouver quelque chose de drôle, un bon mot, quelque chose de frais, qui provoque l’émotion sans plomber le spectateur. C’est très fort. J’ai tendance à trouver que le cinéma français «plombe» le public. Et après on se demande pourquoi les gens ne reviennent pas au cinéma! Même si en ce moment, tout est anxiogène partout dans le monde, lorsque l’on traite d’un sujet fort ou grave au cinéma, la moindre des politesses serait d’y injecter un peu d’espoir, c’est important. Les films britanniques y parviennent, et c’est impressionnant. Dans l’ensemble, je trouve que le cinéma anglais est moins pleurnichard que le nôtre…

Trouvez-vous que le cinéma français est un peu trop déprimant?

En tout cas, les réalisateurs anglais ont une manière de voir la vie qui n’est pas la nôtre. Au fil du temps, je m’aperçois que le cinéma français a quelque chose de profondément pessimiste. Nous autres passons notre temps à larmoyer. Alors que les Anglais cultivent dans leur cinéma cette petite note d’espoir permanent, totalement réjouissante. Dès qu’il y a quelque chose qui s’assombrit sur l’horizon, ils contrebalancent ça par une pirouette humoristique.

Qu’est-ce qui vous a séduit dans le festival de Dinard, par rapport aux autres festivals de cinéma?

C’est avant tout un festival à taille humaine, qui permet de se concentrer sur les films et pas uniquement sur les à-côtés «people» un brin superficiels, tout ce glamour et les montées de marches avec smoking et robes de soirées décolletées. À Dinard, les bains de foule font un bien fou. Les gens sont tellement gentils. C’est tellement doux. Comme c’est un festival proche de la mer, on y respire le grand air et les embruns iodés du grand large. On prend le temps de voir les films et les prendre de plein fouet. Nous n’avons aucune pression. À Dinard, on cultive le plaisir du cinéma total!

Comment cela se passe-t-il avec le jury? Quelle sorte de président êtes-vous?

Je suis un président enthousiaste et disponible j’espère. J’adore que l’emporte celui ou celle qui défend la meilleure idée. Depuis une semaine que nous voyons des films, nous avons eu le temps chacun d’entre nous, de nous faire notre petite idée sur le film qui gagnera le Hitchcock. Nous sommes tous dans le même plaisir. Et nous avons à peu près les mêmes sensibilités. Moi ce qui m’insupporte, c’est cette idée que l’on puisse décider de remettre le prix non pas à celui qui le mérite, mais à «celui qui en a besoin». Je me battrais pour le Hitchcock du meilleur film aille à l’œuvre qui nous réjouit le plus!